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L’Usage des Formes: Artisans d’art et artistes [The Use of Form: Craftsmen and artists]

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Understand what you love Edition Galerie De Multiples. Photo : Patrick Gries © ADAGP, Paris 2015
L’Usage des Formes: Artisans d’art et artistes [The Use of Form: Craftsmen and artists]
Curated by: Gallien Déjean

13, Ave du Président Wilson
75016 Paris
FR
March 20th, 2015 - May 17th, 2015
Opening: March 20th, 2015 12:00 PM - 12:00 AM

QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.palaisdetokyo.com
NEIGHBORHOOD:  
16th Arrondissement
EMAIL:  
accueil@palaisdetokyo.com
PHONE:  
+33 (1) 47 23 54 01
OPEN HOURS:  
Wed-Mon 12pm - 12 am

DESCRIPTION

The exhibition L’Usage des formes [The Use of Forms] explores human ingenuity and the passionate relationship between creators and their tools by approaching the tool as a fundamental element in man’s relationship to the world. Creating a dialogue between master craftsmen and artists, this exhibition brings together craft, design, visual art, and architecture in a setting conceived by designer Robert Stadler and executed in collaboration with master craftsmen.

From a Paleolithic hyaline quartz scraper found at the Abri des Merveilles [Shelter of Wonders] in Dordogne to the bionic prostheses made with 3D printers by FabLab in Rennes, and by way of L’Infini, made from hammered sheet metal by the brazier Nathanaël Le Berre, the exhibition spans the ages. In so doing, it illustrates the topicality of the notion of the masterpiece – that “work of receiving” which is both a utilitarian object and a work of art, and which embodies the acquisition and transmission of technical virtuosity.

The visit begins with an invitation to plunge into the world of the workshop. At the heart of this factory, the tool shows itself as an incarnation of History, in that it fundamentally corresponds to the transmission or recasting of the practice with which it is associated.
The exhibition then goes on to touch on the notion of taking the tool in hand. The technical object is the instrument of this prehensile faculty that puts man in contact with the world. The tool, like a prosthesis, is precisely this extension of the body that enables man to interact with his environment and to thereby pass from a state of nature to a state of culture. Learning how to manipulate a tool reveals hidden properties of matter. The tool is thus an object that enables the extraction of information, the measurement and quantification of the real, and the creation of successful marriages between science, technology, and craftsmanship.
The exhibition comes to a close with a focus on the tool’s dual dimension as both symbolic – even magical – and utilitarian, taking for example the compass used by the Compagnons du Tour de France, which became a Freemasonic philosophical symbol, and that mysterious object of divination, the Gallo-Roman dodecahedron. Due to their extreme refinement or to the sense invested in them, these objects that began as simple instruments have become powerful symbols of humanity and channels of contemplation.

Curated by Gallien Déjean.

This exhibition was conceived thanks to a partnership with the Fondation Bettencourt Schueller and is presented on the occasion of the Journées Européennes des Métiers d’Art.


L’exposition L’Usage des formes explore l’ingéniosité humaine et la relation passionnée que les créateurs entretiennent avec leurs outils, en abordant l’instrument comme un élément fondamental du rapport de l’homme au monde. Faisant dialoguer artisans d’art et artistes, l’exposition rassemble les métiers d’art, le design, les arts plastiques et l’architecture dans une scénographie conçue par le designer Robert Stadler et réalisée en collaboration avec des artisans d’art.

Le début du parcours invite à plonger dans l’univers de l’atelier. Au sein de cette fabrique, l’outil se donne à voir comme une incarnation de l’Histoire, en ce qu’il correspond fondamentalement à la transmission ou réécriture de la pratique qui lui est associée. L’exposition aborde ensuite la notion de prise en main de l’outil. L’objet technique est l’instrument de cette préhension qui permet de mettre l’homme en contact avec le monde. Telle une prothèse, l’outil est précisément cette extension du corps qui permet à l’homme d’interagir avec son environnement et de passer ainsi de l’état de nature à l’état de culture. Apprendre à manipuler un outil révèle les propriétés cachées de la matière. L’outil, par conséquent, est un objet qui permet d’extraire de l’information, de mesurer et de quantifier le réel et d’opérer des croisements fructueux entre la science, la technologie et l’artisanat. L’exposition se clôt sur la double dimension symbolique - voire magique - et utilitaire de l’outil : à l’instar du compas des Compagnons du Devoir, devenu symbole philosophique de la Franc-maçonnerie, ou encore du dodécaèdre gallo-romain, mystérieux objet de divination, présentés dans cette section. Par leur préciosité ou par le sens dont ils ont été investis, ces objets, à l’origine simples instruments, deviennent de puissants symboles de l’humanité et des vecteurs de contemplation.

L’exposition par son commissaire, Gallien Déjean

En 1930, l’ethnologue Marcel Griaule publie dans la revue Documents[1] un article intitulé « Poterie » dans lequel il dénonce les archéologues et les esthètes qui admirent, dit-il, « la forme d’une anse » mais se gardent bien « d’étudier la position de l’homme qui boit ». La forme de chaque objet, dans son contexte d’émergence, est liée à un usage – qu’il s’agisse d’un ustensile, d’un objet d’art appliqué ou même d’une œuvre d’art.

Dans ce texte, Griaule déplore le processus de décontextualisation que l’on fait subir aux objets lorsqu’ils intègrent le musée pour acquérir une valeur esthétique. Dévitalisés de leur fonction d’usage dans cette enceinte sacrée, ils deviennent des objets de contemplation qui n’ont pour seule justification que la classification qui les subsume.

« L’Usage des formes » s’intéresse non seulement à « l’homme qui boit » mais également à celui qui, parce qu’il boit, fabrique une anse. L’exposition regroupe des objets et des œuvres issues d’époques et de domaines variés : métiers d’art[2], arts plastiques, design et architecture. Chacun de ces artefacts témoigne d’une valeur d’usage. La plupart appartient à la catégorie des instruments techniques dont le champ d’action est infini : certains servent à transformer la matière, d’autres à révéler l’invisible, extraire des données, produire de l’information ou communiquer. Ils prolongent nos organes dans leur fonction d’appréhension du monde. Selon le philosophe Gilbert Simondon, les instruments techniques sont des êtres « allagmatiques », c’est-à-dire des éléments d’échange entre l’homme et son environnement ; de cet échange naît la culture.

Deux entités complémentaires incarnent le rapport à l’outil. L’homo faber construit des instruments pour effectuer le transfert de la nature à la culture. L’homo ludens joue à détourner les outils de production et les instruments de la connaissance créés par l’homo faber afin de faire surgir de nouvelles possibilités. Parfois, ces deux attitudes coexistent au sein de la pratique d’un même créateur. En exposant les outils et les échantillons prélevés dans les ateliers d’artisans d’art, mis en regard avec ceux des plasticiens et des designers, l’exposition « L’Usage des formes » met en scène ces deux conceptions entrelacées de l’invention, et la manière dont les gestes techniques sont porteurs de sens et de connaissance.

Dans Les Gestes, le philosophe Vilém Flusser décrit le moment où, à l’issue d’une production, « les mains se retirent de l’objet, ouvrent leurs paumes en un angle large et laissent glisser l’objet dans le contexte de la culture [...], non quand elles sont satisfaites de l’œuvre, mais quand elles savent que toute continuation du geste de faire serait insignifiante pour l’œuvre ». Ce geste est aussi celui du don, affirme-t-il. C’est « le geste d’exposer » que « L’Usage des formes » met en scène au sein d’un espace scénographique où flotte encore la survivance de l’usage des formes présentées.



[1] Documents a été fondé en 1929 par l’écrivain Georges Bataille, l’historien d’art Carl Einstein et le muséologue Georges-Henri Rivière, inventeur du Musée de l’Homme. Malgré une longévité restreinte, cette revue a eu un rôle fondamental dans le rapprochement entre l’esthétique et les sciences sociales. Mêlant ethnographie, avant-garde et culture populaire, Documents a été le creuset d’une pensée décloisonnante alimentée par des contributeurs prestigieux (Giorgio de Chirico, Salvador Dalí, Robert Desnos, Max Ernst, Marcel Griaule, Michel Leiris, Marcel Mauss, Raymond Queneau, etc.).

[2] Un métier d'art est une technique essentiellement manuelle, mise en oeuvre par un professionnel hautement qualifié, au service d’une production d'objets uniques ou de petites séries. Le champ des métiers d'art est défini par la liste officielle des 217 métiers regroupés en dix-neuf domaines (bois, cuir, facture instrumentale, etc.).

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