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Angels with dirty faces

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Disappear One © Courtesy de l’artiste et Spectre Productions
Angels with dirty faces
Curated by: Olivier Marboeuf

17 rue des Filles du Calvaire
75003 Paris
FR
February 4th, 2015 - February 28th, 2015
Opening: February 3rd, 2015 6:00 PM - 8:00 PM

QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.fillesducalvaire.com
NEIGHBORHOOD:  
3rd Arrondissement
EMAIL:  
paris@fillesducalvaire.com
PHONE:  
+33 (0)1 42.74.47.05
OPEN HOURS:  
Tue-Sat 11-6:30
TAGS:  
video-art
COST:  
Free

DESCRIPTION

You see me as an angel, because of my voice, but an angel with a dirty face. It is due to my song that you know I am a creature, like you, a man. But the most miserable man. Because you saw me diving to the bottom, putting up no resistance. Some even heard my laughter even though they all believed I died in a hole. But it was to disappear and come back, on the summit of all ruins, to be the loud ghost that pisses on the very last lights of the West.

Those are the narrator Octavio Framboa’s words, in Angels with Dirty Faces (song), the first of a series of meditations dedicated to the body’s struggle in a context of crisis. This narrative exhibition associates a music sheet with texts through which one can experience the vital power of a plaint. A distant echo of blues music. A musical genre whose purpose is an expanding rebellion. The sound of a bottleneck guitar, shrill and out of tune, the infra-bass dub of Thatcher’s England, the blurred frequencies of oceanic voices. A re-enactment of history, a geography that seeps through unknown voices that take the Atlantic Ocean as one would the oldest earthly suburb.

Travel, travel. Here, you won’t find any new hands to hold your face.

Olivier Marboeuf, a critic, curator and performer, has run Khiasma, an art center dedicated to moving images and contemporary literature since 2004. With this first exhibition at the Galerie Les Filles du Calvaire, he goes on with his interest for narrative processes, considering the ways in which art can be read as a transmitter. Setting out new ways of reading contemporary history and especially colonial issues, his work (texts, performances and exhibitions) comes together in a vast speculative narration in which characters appear and links are created between scholarly or popular culture.  


C’est à cause de ma voix que tu me considères comme un ange, mais un ange au visage sale. C’est par mon chant que tu sais que je suis une créature comme toi, un homme. Mais le plus malheureux des hommes. Car tu m’as vu aller tout au fond, sans résistance apparente. On m’a même entendu rire alors qu’on me croyait mort dans un trou. Mais c’était pour mieux disparaître et revenir au sommet des ruines comme un fantôme bavard qui pisse sur les dernières lumières de l’Occident. Ainsi parle Octavio Framboa, le narrateur de « Angels with dirty faces » (chant), première d’une série de méditations autour du corps en lutte au coeur de la crise. Cette exposition racontée agence une partition de films et de textes traversés par la puissance vitale de la lamentation. Un  écho lointain du blues. Une musique de révolte qui se répand dans l’espace. L’annonce criarde et désaccordée d’une guitare bottleneck, le dub infra-basse de l’Angleterre Tatchérienne, les fréquences brouillées des voix océaniques. Une histoire rejouée, une géographie chantée par des voix inconnues qui prennent l’océan Atlantique pour la plus ancienne des banlieues.

Voyage, voyage donc, tu ne trouveras pas ici de mains fraîches pour te prendre le visage.

Commissaire d’exposition, critique et performer, Olivier Marboeuf dirige depuis 2004 l’Espace Khiasma, centre d’art dédié à l’image en mouvement et à la littérature contemporaine. Avec cette première exposition à la galerie Les filles du calvaire, il poursuit un travail autour des pratiques du récit et des formes de transmission en art. Attachées à offrir des relectures de l’histoire contemporaine et notamment coloniale, ses propositions (textes, performances et expositions) se répondent pour composer une vaste narration spéculative où il fait apparaître des figures et surgir des liens inattendus entre culture savante et populaire.

Corps dans la crise

L’exposition « Rendez-vous : sortie de mon corps » (Khiasma-Les Lilas, 2013 et Savvy Contemporary-Berlin, 2014) empruntait déjà la trame de la « sorcellerie capitaliste » chère à Isabelle Stengers et François Pignarre (livre paru en 2007 aux Editions La Découverte). « Angels with Dirty Faces »

poursuit la recherche d’un nouveau corps contemporain, qui serait le site même des luttes, un corps territoire où s’imprimerait et prendrait forme les conflits, les systèmes et les histoires. Le corps devient alors pour Olivier Marboeuf un espace de lecture, de transmission de récits et de savoirs secrets qui appellent à des situations particulières pour être libérés. L’exposition est ainsi pensée comme un espace rituel et magique, où chaque corps et son histoire produit son propre agencement.

Chants

La lamentation est ici convoquée comme un chant qui accompagne l’effondrement d’un système en crise. Elle n’est en rien cependant une forme de renoncement mais une manière de revitaliser la lutte, de descendre pour mieux revenir, pour se transformer au-delà du désespoir, de la peur et de l’impuissance.

Le blues qui sert de trame à Angels with Dirty Faces (titre emprunté au chanteur britannique de trip hop Tricky), n’est donc pas l’évocation d’un chant ou d’une musique en particulier mais d’un esprit de survie, de luttes et d’affirmation de son existence. S’il est saisit dans toute la violence de son histoire par l’oeuvre de Christian Marclay (Drag Guitar) où l’artiste évoque un lynchage en traînant une guitare avec un pick up sur une route du Texas, il devient un dub angoissant dans le chef d’oeuvre emblématique du Black Audio Film Collective, Handsworth songs et se mue en un souffle vital quand Hiwa K décide de jouer de l’harmonica au coeur de la répression d’une manifestation en Irak. L’exposition des filles du calvaire est ainsi pensée comme une partition musicale et politique qui traverse le corps du visiteur, une invitation à la résistance, un chant de ralliement.

Relectures / narrations spéculative

L’hypothèse d’une transmission par le corps – dans le rituel contemporain de l’émeute - était déjà le point central du texte d’Olivier Marboeuf, « L’émeutier et la sorcière »1 dont « Angels with Dirty Faces » pourrait être considérée comme une tentative de poursuite. La présente exposition emprunte ainsi à la musique et au chant leur pouvoir émotionnel et leur potentialité particulière de récit. A l’instar de l’Obscure White Messenger du film de l’artiste sud-africaine

Penny Siopis, Olivier Marboeuf introduit un narrateur particulier, figure

spéculative aux prises avec des visions qui propose un montage des différents

oeuvres de l’exposition. Mais comme le Dimitrios Tsafendas de Siopis, celui-ci

se veut parfaitement illégitime et ne saurait induire un sens unique et précis.

Il ne fait que porter un chant, une poétique propre à fonder des nouveaux

mondes du possible et à répondre sur un mode délirant à la crise et au récit

empoisonné de la fin de l’Histoire.

Comme il l’écrit lui-même dans l’exposition : je n’ai pas assez de bouches pour

raconter les mondes qui s’agitent devant mes yeux.

Vidéos et films de l’exposition

Black Audio Collective / Handsworths songs

1986, 59 min / Vidéo

La plus emblématique oeuvre du Black Audio film Collective fondé notamment par le cinéaste anglais

John Akomfrah, est un film manifeste à la puissance dub qui remonte et met en musique des extraits de

reportages la BBC pour fabriquer un contre-poison lumineux aux violences raciales des années Tatcher.

Christian Marclay / Guitar Drag

2000, 14 min / vidéo

Un guitare électrique, traînée par un pick up, hurle sa plainte insupportable. Drag Guitar, oeuvre radicale

de l’artiste suisse Christian Marclay (né en 1958) rejoue sur un mode grinçant le lynchage d’un

Afro-Américain mis à mort dans un Texas en proie au racisme.

Graeme Thomson et Silvia Maglioni / What rises from the depths cannot help but break the surface

2015 / installation 3 écrans, durée variable / Avec le soutien de la FNAGP

Avec cette nouvelle mise en espace des matériaux de leur film à venir Disappear One, le duo d’artistes

Graeme Thomson et Silvia Maglioni, transforme une traversée de l’Atlantique en paquebot en un chant

polyphonique où résonne l’histoire de l’Europe en crise et de ses fantômes.

Penny Siopis / Obscure White Messenger

2010, 15min / Super 8 transféré en vidéo HD Le 6 septembre 1966, alors que le Premier Ministre d’Afrique du Sud Hendrik Verwoerd s’apprêtait à prononcer un discours devant la Chambre de l’Assemblée, un messager parlementaire le blessa à mort avec un large couteau de cuisine. Ce messager était Dimitrios Tsafendas. Placé sur liste noire et connut en tant qu’étranger à tendance communiste, Tsafendas n’aurait jamais dû être autorisé à pénétrer sur le territoire sud africain. Métis et apatride, il n’aurait pas non plus dû être nommé messager parlementaire, une position réservée aux sud-africains blancs. Réalisé à partir d’un témoignage de Tsafendas au moment de son procès où il fut jugé fou et de found footages collectés par l’artiste, Obscure White Messenger explore autant l’imaginaire collectif de l’Afrique du Sud, la négation d’un acte politique que la possibilité d’une histoire nationale racontée par un narrateur illégitime.

Hiwa K / This Lemon Tastes of Apple

2011, 13min / vidéo

Une vague de protestations débute le 17 février dans la région kurde d’Irak. Elle durera huit semaines avec un bilan annoncé de dix morts et quatre cents blessés dans les affrontements entre citoyens et militaires.

Au coeur de l’une de ces manifestations qui appelaient à une plus grande justice et égalité entre les citoyens, à une meilleure répartition des richesses et à une transparence de la vie politique, l’artiste Hiwa K (né en 1975 en Irak) réalise une performance. Malgré les attaques de la manifestation par la police et le jet de bombes lacrymogènes, il poursuit l’interprétation à l’harmonica d’une musique d’Ennio Morricone. La force vitale du souffle lutte ici contre la peur et la terreur.

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