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Archéologie de L’intime - #1

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Strix, 2009 Bronze 165 Cm De Hauteur © Courtesy of the artist and GALERIE FELLI
Archéologie de L’intime - #1

127 Rue Vieille du Temple
75003 Paris
FR
January 26th, 2012 - February 26th, 2012
Opening: January 26th, 2012 7:00 PM - 10:00 PM

QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.galeriefelli.com
NEIGHBORHOOD:  
3rd Arrondissement
EMAIL:  
contact@galeriefelli.com
PHONE:  
+33 (0)1 427 88 127
OPEN HOURS:  
Tue-Sat 11-1; 2-7
TAGS:  
sculpture

DESCRIPTION

« (…) Ainsi il fut nécessaire de procéder à la mise en contact d’éléments naturels, artificiels et culturels afin d’en extraire la poésie des lieux travaillés (…) »
Jean-François Oudry

Les contemporains de la galerie Felli, s’engagent à bien des égards, dans leurs productions respectives, contre l’oubli et la disparition. À travers le genre du paysage qui se déploie à l’infini et de la figure humaine, isolée, solitaire mais reflétant toujours l’univers intérieur de la pensée, ils explorent et questionnent les abords et les contours d’un monde qui tend à s’évaporer.

Agnès Baillon imagine depuis 2008 des fragments de corps abîmés : « Mes fragments sont presque archéologiques. Ils possèdent ce miracle de l’archéologie. Cette façon de ramener à notre époque ce qui était voué à la destruction, à la disparition. »

La poétique des ruines et du vestige archéologique, fragiles, souvent brisés, patinés des effets du temps a fasciné toute l’Europe de la fin du XVIIIe siècle et inspiré toute un pan de la littérature du XIXe. Chateaubriand inaugure cette poétique contemplative dans le Voyage en Italie : « Un fragment détaché tout à coup de la voûte de la Bibliothèque a roulé à mes pieds, comme je passais : un peu de poussière s'est élevée, quelques plantes ont été déchirées et entraînées dans sa chute. Les plantes renaîtront demain ; le bruit et la poussière se sont dissipées à l'instant : voilà ce nouveau débris couché pour des siècles auprès de ceux qui paraissaient l'attendre. Les empires (comprendre les civilisations), se plongent dans l’éternité où ils gisent silencieux. » Le gisement silencieux est toutefois valable jusqu’à ce que l’âme du poète ou de l’artiste repeuple les champs de ruines et magnifie la présence fascinante de l’objet qui, par la grâce de sa plume ou de son geste, s’incarne et se mette à livrer son récit. Sculpteur de la présence, Agnès Baillon, en plus de ramener à notre époque ce qui était voué à la disparition, ne ranime-t-elle pas ses fragments de corps brisés en bronze par la peinture à l’huile, dans le but de cultiver l’étrange et de
provoquer un face à face troublant ?

Quel récit nous sera, ici, livré ? L’archéologie de l’intime n’équivautelle pas aussi à l’archéologie d’une civilisation ? Quelle civilisation nous sera alors révélé ? Une société qui ne préserve pas ses ruines et ignore l’iconoclasme dont elle fait preuve ne se voue t-elle pas, tout simplement,  d’elle-même à l’oubli ? Marc Perez avoue avoir « toujours eu cette impression de creuser, de creuser à l’aveugle en espérant atteindre au plus profond comme un noyau, un noyau dur et commun. » De quelle mémoire commune, universelle, la peinture et la sculpture, la photographie et le dessin se feront-ils l’écho ?

Par des effets de matières amenés gestes après gestes, creusant ou couvrant jusqu’à faire disparaître la nature originelle des matériaux, les artistes de la galerie restaurent - chacun selon ses origines et affections particulières – des siècles d’une histoire de l’art toujours revisitée, contemporanéïsée, dans laquelle ils s’intègrent et qu’ils prolongent simultanément.

L’huile mêlée à la cire de Goxwa nous transporte immanquablement vers l’antique méditerranée rêvée. Les pigments, le fer, les éléments végétaux combinés avec toute une série d’objets hétéroclites, donnent aux apparitions figurées de Marc Perez des accents parfois « tribaux » et terreux comme si ses personnages naissaient de la poussière faite par ceux qui ont marché juste avant nous. Jeanne Bouchard mythifie ses figures et en patinant ses bronzes des effets du temps, elle en accroît la préciosité. Cherel, quant à lui griffe, « abîme » ses figurations couchées sur un papier noirci au brou de noix à la manière des anciennes photographies.

Mais au-delà des apparences et de l’aspect souvent vieilli, abîmé de la matière, ils sédimentent une « appréciation humaine, affective du monde ». Et dépassant la surface strictement physique et visible des motifs qu’ils maîtrisent parfaitement et en les déconnotant temporellement, ils précisent une approche communément sensible, intime et poétique, d'une réalité investie, incarnée et chargée d’âme. Eric Roux-Fontaine verse selon son propre terme dans la « géopoétique ». Dans « L’arrière-pays », Yves Bonnefoy nous convie en un lieu qui se situe à l’intersection de nos désirs et de nos rêves. En ce lieu, il nous sera possible d’éprouver sans aucune nostalgie, un sentiment de plénitude inscrit dans le présent d’une géographie localisée. Cette géographie intermédiaire, poétiquement dévoilée, se situe au confluent du réel et de l’imaginaire.

Les silhouettes se profilant dans la brume de Cherel la balisent. Les cieux et les océans de Ségéral, les sous-bois photographiés et prolongés par le dessin de Bertrand Flachot, les plaines fuyantes d’Oudry ou de Weinachter, les jungles d’Eric Roux-Fontaine révélant quelques apparitions anachroniques la figurent. Chaque oeuvre est ainsi pensée. Pour être regardée par un individu qui prendra le temps de ressentir ce qu’elles éveillent tout aussi intimement en chacun de nous.

« L’archéologie de l’intime » tente donc de rappeler ce qui, individuellement, motive la création pour nous inspirer en retour les émotions qui la précèdent. C’est à la transmission d’une propension poétique, inhérente à notre nature, que nous sommes une nouvelle fois conviés et c'est de cette manière que la démarche de la galerie Felli dévoile son ambition ontologique : celle de réactiver la nature humaine dans un environnement originel tout en préservant et en ressuscitant des siècles enfouis d’humanité. Une mémoire collective et stratifiée est ainsi promise à l’éternité.

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