Bigindicator

Solo Exhibition

Event  |  Reviews  |  Comments
20180520174544-as
© Courtesy of the Artist and Galerie Almine Rech
Solo Exhibition

64 rue de Turenne
75003 Paris
FR
June 6th, 2018 - July 28th, 2018
Opening: June 6th, 2018 6:00 PM - 8:00 PM

QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.galeriealminerech.com
EMAIL:  
contact.paris@alminerech.com
PHONE:  
+33 1 45 83 71 90
OPEN HOURS:  
Tue-Sat 11-7

DESCRIPTION

Among the works on display for the John M Armleder exhibition at Almine Rech Gallery Paris, alongside murals and “Furniture Sculptures” from 2018, is a new series of “Puddles Paintings”.

The paintings are made by spilling various materials directly onto the canvas (acrylic paint, varnish, liquids for exterior surfaces, but also powders, confetti, glitter and small ormaments). They emerge from a double random rule: first, the application onto the medium is not controlled by a movement of artistic mastery, and second, the mixing of elements causes chemical changes in their original properties, both chromatically and physically. In addition, application of the painting materials is performed flat (unlike the “Pour Paintings”, the first examples of which date back to the 1970s), and verticalization of the result, once the layers have formed, further deeply modifies the paintings’ appearance. New pleats form, iridescent grooves emerge through a layer previously covered in uncanny chromatic waves; sometimes even, “bubbles” formed on the surface suddenly burst and spill out a magma of variable density components over the surrounding accretions.

This pictorial technique, which perhaps owes as much to volcanology as to principles of random composition developed in the arts of the second half of the 20th century, allows the artist to factor in loss of control, to trigger unexpected accidents and eruptions, or in short, to combine John Cage’s “letting go” with a form of expressiveness stripped of subjectivity.

Leo Steinberg traces the invention of the "flatbed picture plane" to the 1950s, and ascribes it to both Robert Rauschenberg and Jean Dubuffet. The use of waste material and assemblage allowed the former to go beyond the “image” (albeit abstract) nature of any “vertical” pictorial work. For the latter, "materiological" research and a determination to “bring down” painting to the level of reality are what transform the work’s relationship to the nature/culture dichotomy. Incidentally, both artists also erased the clear delineation between painting and sculpture and blocked the “window” of representation opened in the Renaissance.

The “horizontalization” John M Armleder affirms through his “Puddles Paintings” is perhaps evocative of assemblage, but does not carry the emotional charge associated with Rauschenberg’s recycling. The objects he uses, stuck as they are in the viscosity of brightly-coloured liquids, are more reminiscent of questions of ornamentation, such as when a miniature umbrella and plastic swizzle-stick turn an industrial beverage into a “cocktail”, as their superfluous and merry nature contaminates an otherwise mundane experience. And although the colour palette and thick pictorial material in this new series of “Puddles Paintings” do indeed evoke aspects of French informel art, the works are much more reminiscent of Eugène Leroy or Larry Poons than Dubuffet. Essentially, what John M Armleder invokes is the image of a “cultural pudding”, a mix of all references, a place where all is equivalent in a substance that “gels” the most radical intents.

In a sense, the appearance and texture of his “Puddles Paintings” reflect a cultural theory he has been developing and putting into practice for decades. In the 1980s, his “Furniture Sculptures” – in the manner of Erik Satie’s "furniture music" - marked the furnishing fate of avant-garde pursuits. In the 1990s, his “Pour Paintings” and murals asserted the subjection of composition to a more or less random programme. In the 2000s, his installation platforms degraded both artistic and curatorial endeavours to “B-movie” status, where a device initially planned for a different scenario became the locus of a new realisation. Today, as we perceive the general movement in this singular body of work, we can lose ourselves in the heart of a maelstrom of forms, media, inventions and mentions, statements and references… like in Poe’s short story, we are driven to understand that the vortex engulfs all things in its swirling path. Some even think that the storm has an eye: if this were the case, it is certainly gazing upon us.


-
Lionel Bovier

 

Translated from french by Alexandre Carayon 


Parmi les œuvres présentées dans l’exposition de John M Armleder à la galerie Almine Rech à Paris, au côté de peintures murales et de « Furniture Sculptures » de 2018, figure une nouvelle série de
« Puddles Paintings » ou « peintures en flaques ».

Réalisées par déversement de matériaux hétérogènes à même la toile (peinture acrylique, vernis, liquides pour surfaces extérieures, mais également poudres, confettis, paillettes et petits objets décoratifs), ces peintures s’élaborent selon un mode doublement aléatoire : leur dépôt sur la surface à peindre n’est pas contrôlé par un geste de maîtrise artistique et leur mélange provoque un changement chimique de leurs propriétés originelles, tant sur le plan chromatique que physique. A cela s’ajoute que l’application des substances de la peinture est réalisée à plat (contrairement aux « Pour Paintings » ou « peintures de coulées », dont les premiers exemples remontent aux années 1970) et que la verticalisation du résultat, une fois les couches formées, modifie encore profondément l’aspect du tableau. Ainsi, se dessinent de nouveaux plissés, se forment des rigoles irisées et surgissent d’une couche précédemment recouverte d’improbables vagues chromatiques, quand n’éclatent pas des « bulles » qui s’étaient formées à la surface, déversant soudainement un magma de composantes à densité variable sur les accrétions affleurantes.

Cette technique picturale, qui doit autant peut-être à la vulcanologie qu’aux principes de composition aléatoire présents dans l’histoire de l’art de la deuxième moitié du vingtième siècle, permet à l’artiste de programmer une perte de contrôle, de déclencher des accidents et des éruptions inattendues, bref : de combiner le « lâcher prise » cher à John Cage avec une forme d’expressivité sans subjectivité.  

Leo Steinberg fait remonter l’invention du « flatbed picture plane », soit de l’horizontalité du plan pictural, aux années 1950 et l’attribue aussi bien à Robert Rauschenberg qu’à Jean Dubuffet. Chez le premier, c’est l’usage du rebut et la pratique de l’assemblage qui permet de dépasser le statut « d’imag» (fût-ce-t-elle abstraite) de tout travail pictural « à la verticale ». Chez le second, c’est la recherche matériologique et la volonté « d’abaisser » le tableau au plan du réel, qui transforme la relation de l’œuvre à la dichotomie nature-culture. Au passage, ces artistes auront défait la délimitation nette entre peinture et sculpture et bouché la « fenêtre » de la représentation ouverte à la Renaissance.

Dans le geste d’horizontalisation des « Puddles Paintings » de John M Armleder résonne peut-être l’écho de l’assemblage, mais il ne charrie pas la charge émotionnelle des recyclages de Rauschenberg : les objets utilisés, englués dans la viscosité des liquides colorés, évoquent plutôt la question de l’ornementation, à la manière dont un parasol miniature ou en mélangeur en plastique transforment une boisson industrielle en « cocktail », contaminant de leur registre inutile et joyeux une expérience quotidienne. Et, si la palette chromatique et l’épaisseur de la matière picturale de la nouvelle série de « Puddles Paintings » rappellent l’informel français, les œuvres convoquent plutôt le souvenir des pratiques d’Eugène Leroy ou de Larry Poons que celle de Dubuffet. Car, ce que John M Armleder invoque, avant tout, c’est cette image d’un « pudding culturel », mélange de toutes les références, lieu de toutes les équivalences et substance qui  « gélifie » les intentions les plus radicales.

Ainsi, l’aspect aussi bien que la texture de ses « Puddles Paintings » seraient-elles à l’image d’une théorie culturelle qu’il développe et met en pratique depuis de nombreuses décennies. Dans les années 1980, les « Furniture Sculptures », sculptures d’ameublement au sens d’Erik Satie, marquaient le destin mobilier des pratiques d’avant-garde. Dans les années 1990, les « Pour Paintings » et les peintures murales affirmaient le caractère ancillaire de la composition à un programme plus ou moins aléatoire. Dans les années 2000, ses plateformes installatives renvoyaient les efforts aussi bien artistiques que curatoriaux à l’horizon de la « série B », où un dispositif prévu pour un autre scénario devient le lieu d’une nouvelle réalisation. Aujourd’hui, alors que nous percevons le mouvement général de cet œuvre singulier, nous pouvons plonger le regard au cœur de ce maelström de formes, de médias, d’inventions et de reprises, de gestes et de références et, comme dans la nouvelle de Poe, nous comprenons que ce vortex entraîne tout dans sa force tourbillonnante. Certains pensent même que le phénomène a un œil ; gageons que, dans ce cas, c’est lui qui nous regarde.


-
Lionel Bovier

ArtSlant has shutdown. The website is currently running in a view-only mode to allow archiving of the content.

The website will be permanently closed shortly, so please retrieve any content you wish to save.