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Bat-Breath. Battery

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WE (stay strong), 2015 Blown Glass, Aluminum, Copper, Dish Towel, Chain 106 X 45 X 23 Cm / 41 6/8 X 17 6/8 X 9 Inches © Courtesy of the Artist and Galerie Chantal Crousel
Bat-Breath. Battery

10 rue Charlot
75003 Paris
France
September 5th, 2015 - October 10th, 2015

QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.crousel.com
NEIGHBORHOOD:  
3rd Arrondissement
EMAIL:  
galerie@crousel.com
PHONE:  
+33 (0)1 42 77 38 87
OPEN HOURS:  
Tuesday-Saturday 11AM - 1PM / 2PM - 7PM

DESCRIPTION

While visiting David Douard’s studio, I remembered a book about the lettrist, François Dufrêne. In particular, I recalled a passage in the introduction that mentions Cesare Lombroso’s theories on the concordance of modern poetry, mental alienation, and public disturbances. Sadly famous for his theory of degeneration and criminal heredity anatomically identifiable in traits, Lombroso was wary of avant-gardes. He was worried about the harms that modern poetry’s contagious character represented for late 19th-century society. The Turinese psychiatrist set out to analyze the phenomena of disassociation of words by comparing the brains of the insane and certain poets to a “factory that lacks its foremen while workers certainly manage to work, but in a such utter disorder and lack of coordination that the firm’s production is worthless.” Lombroso offers a disconcerting, almost Foucault-like intuition: the adversaries of a form, a gesture, or a thought are sometimes the most lucid exegetes.

David Douard’s unhinged factory is also fueled by a poetic flow that contaminates the forms that it recycles, and then spits it out into the exhibition space. Deeply interested in lettrism, David Douard knows the disruptive potential within a semantic deconstruction. Language pervades his sculptor work, considering the poetry principle as a corrupted code, a computer virus which potential for change would reconfigure the material acting as if it were a glitch, an accidental clash of sounds or pictures for a computer malfunction.

The sculpting practice – reformulated under the angle of communication engineering – now becomes a field of hybridization, a universe in the center of which biology and communication sciences are subject to the same viruses, where any heterogeneity may get dismantled, reassembled, invested, or traded away. With this program, David Douard reveals and hijacks the transfusion processes that connect the biological, technological, political, mythological, and identity-seeking categories within advanced capitalism – as if there were an implicit cousinhood between the pieces that come out of his studio and the theoretical hybrid figure of cyborgs as Donna Haraway described it in the 1980s to shore up her cyberfeminism. In this exhibition, entitled Bat-Breath. Battery, laboratory test tubes become water bongs, scowling mouths spit out cables and wires, texture effects intermingle, hair undulates under the synthetic surfaces. Between organism and machine, living and artifact, body and spirit, nature and culture, subject and object, or even masculine and feminine, the entire exhibition is filled with shifted meanings and transfers that go beyond these outdated dualities of modernism.

The very core of the exhibition is out of alignment since the gallery space constitutes an Internet radio receiver. It broadcasts poems read and mangled by the singer Pricilla Ay Avah whose mouth is fettered by an odd piece of jewelry, half-horse bit, half-dentures. The broadcasted live poetic flow then becomes a breath, smoke, saliva, waves, frequencies, aiding a practice of propagation and decentering. As photographs of spiritualists exhaling whitish substances  in vogue in the 19th century, David Douard produces an ectoplasmic art, true to its etymology (ektos: outside / plasma: form), since it allows us to perceive the fluids that course through us and transform us.

Gallien Déjean


David Douard is born in 1983 in Perpignan, France. He lives and works in Aubervilliers, France.
Bat-Breath. Battery is David Douard's first personal exhibition at Galerie Chantal Crousel.
His work has been featured in several international institutions and art centers, in particular: Fridericianum, Kassel (2015) ; Palais de Tokyo, Paris (2014) ; Biennale de Taipei (2014) ; Sculpture Center, New York, (2014) ; Astrup Fearnley Museet, Oslo (2014) ; Fondation d’entreprise Ricard, Paris (2012).


En visitant l'atelier de David Douard, je me suis souvenu d'un recueil de textes consacré au lettriste François Dufrêne. Notamment, un passage de l'introduction, mentionnant les thèses de Cesare Lombroso sur la concordance entre poésie moderne, aliénation mentale et troubles à l'ordre public, m'est revenu à l'esprit pendant notre discussion. Tristement célèbre pour sa théorie de la dégénérescence et de l'hérédité criminelle décelable anatomiquement, Lombroso se méfiait des avant-gardes. Inquiet du caractère contagieux que la poésie moderne pouvait faire courir à la société de la fin du XIXème siècle, le psychiatre turinois a analysé les phénomènes de dissociation de mots en comparant le cerveau d'aliénés et de certains poètes à « une usine privée de ses contremaîtres, dont les ouvriers continueraient certes à travailler, mais dans un désordre si complet, une absence de coordination telle que l'établissement ne produirait plus rien qui vaille. » Lombroso fait preuve, ici, d'une intuition déroutante, presque foucaldienne – les adversaires d'une forme, d'un geste ou d'une pensée étant parfois les exégètes les plus lucides.

Détraquée, l'usine de David Douard se nourrit, elle aussi, d'un flux poétique qui contamine les formes qu'elle recycle, puis qu'elle recrache dans l'espace d'exposition. S'étant intéressé de près au Lettrisme, David Douard connaît le potentiel disruptif d'une déstructuration sémantique. Son travail de sculpteur est traversé en continu par le langage, considérant le principe poétique comme un code corrompu, un virus informatique dont le potentiel d'altération viendrait reconfigurer la matière à la manière du glitch, télescopage accidentel de sons ou d'images  qui s'opère à la faveur d'un dysfonctionnement informatique.

La pratique sculpturale – reformulée selon des problèmes d'ingénierie de la communication – devient dès lors un territoire d'hybridation, un univers au sein duquel biologie et sciences de la communication sont soumises aux mêmes virus, où toute hétérogénéité peut être confrontée au démantèlement, au réassemblage, à l'investissement et à l'échange. Avec ce programme, David Douard dévoile et détourne les processus de transfusion qui relient les catégories biologiques, technologiques, politiques, mythologiques et identitaires au sein du capitalisme avancé – comme s'il existait un cousinage implicite entre les formes produites dans son atelier et la figure théorique hybride du cyborg, telle que Donna Haraway a pu la décrire dans les années 1980 pour étayer son cyberféminisme. Dans l'exposition Bat-Breath. Battery, les éprouvettes de laboratoire deviennent des pipes à eau pour inhaler des drogues, des bouches grimaçantes crachent de la connectique, les effets de textures s'entremêlent, des chevelures ondoient sous les surfaces de synthèse. Entre l'organique et la machine, le vivant et l'artefact, le corps et l'esprit, la nature et la culture, le sujet et l'objet, ou encore le masculin et le féminin, l'exposition toute entière est parcourue par des glissements de sens, des translations qui outrepassent ces dualités périmées du modernisme.

Le cœur de l'exposition est lui-même désaxé puisque l'espace de la galerie n'est que le récepteur d'une station de radio que David Douard diffuse depuis internet. Sa mission est d'émettre en continu des poèmes lus et malmenés par la chanteuse Pricilla Ay Avah dont la bouche est entravée par un curieux bijoux, mi-mors, mi-dentier. L'exposition s'envisage comme un salon d'écoute au sein duquel le flux poétique retransmis devient alors souffle, fumée, salive, ondes, fréquences, au service d'une pratique de la propagation et du décentrement. À l'image des photographies de spirites exhalant des substances blanchâtres en vogue au XIXème siècle, David Douard produit un art ectoplasmique, selon l'étymologie (ektos : « au dehors » / plasma : « forme »), puisqu'il nous donne la possibilité de percevoir les fluides qui nous traversent et nous transforment.

Gallien Déjean



David Douard est né en 1983 à Perpignan. Il vit et travaille à Aubervilliers.
Bat-Breath. Battery est la première exposition personnelle de David Douard à la Galerie Chantal Crousel. 
Son travail a été présenté dans de nombreuses institutions et centres d’art internationaux notamment : Fridericianum, Kassel (2015) ; Palais de Tokyo, Paris (2014) ; Biennale de Taipei (2014) ; Sculpture Center, New York, (2014) ; Astrup Fearnley Museet, Oslo (2014) ; Fondation d’entreprise Ricard, Paris (2012).