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VALENTIN CARRON

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© Courtesy of Praz-Delavallade
VALENTIN CARRON

5, rue des Haudriettes
75003 Paris
FR
September 11th, 2010 - October 30th, 2010
Opening: September 11th, 2010 2:00 PM - 9:00 PM

QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.praz-delavallade.com
NEIGHBORHOOD:  
Other (outside main areas)
EMAIL:  
flavie@praz-delavallade.com
PHONE:  
+33 (0)1.45.86.20.00
OPEN HOURS:  
Tue-Sat 11-7

DESCRIPTION

Il faut toujours prendre Valentin Carron au mot. Bertrand (2010), une œuvre en verre laqué, moulée sur ses propres jambes, nous offre un portrait de l’artiste peu flatteur : deux pieds, les orteils décontractés, dans des chaussettes trouées. Bertrand rappelle en premier lieu d’autres œuvres plus anciennes (et peu connues en France), où Valentin Carron déclinait des figures d’une masculinité de célibataire triste, comme son improbable glace au tabac, un coupe-ongle en or ou la paire de pantoufle en cuir dimensionnée aux pieds de l’homme le plus grand du monde. Si l’on entend « Bertrand » comme le nom générique du pilier de bar ou du marginal du quartier, son destin médiocre nous renvoie une image à mille lieux des clichés de l’artiste sur-professionnalisé, jeune, riche et bien portant d’aujourd’hui.

Il faut retourner aux années 1980 pour trouver la dernière occurrence de cette formule de l’artiste antisocial, représenté alors comme barbouilleur régressif, alcoolique et de préférence germanique. Sachant que c’est de cette même époque que remonte l’invention du modèle de l’artiste-entrepreneur façon trader, l’image apparemment réactionnaire de Valentin Carron ne serait donc pas tant un constat conservateur que « vache », dans le sens où l’entendait Magritte lorsqu’il peignait en 1948 Jean-Marie, le portrait d’un voleur de poule à la jambe de bois fuyant après un larcin. Venant de la part d’un artiste qui prétend passer ses journées à reproduire à l’échelle 1/1 « le sujet de son abjection », on aurait tort de douter du sérieux de l’humour âcre de Valentin Carron. Cette ambiguïté perpétuelle, assumée et maîtrisée, entre ce qui pourrait passer pour de l’ironie et ce qui demanderait à être pris, au contraire, au premier degré, est le lieu d’insoumission perpétuel de l’œuvre.

Une des plus grandes forces du travail de Valentin Carron est sa capacité à concrétiser ces jeux d’équivoques moraux au travers de tensions stylistiques et matérielles propres à l’histoire de la sculpture. Le vernaculaire et le moderne, le fait main et le manufacturé, l’original et la copie, l’académique et l’avant-gardiste, etc. Ainsi, Einhorn (Licorne, 2010) une progression géométrique en quatre éléments inspirée de l’art minimal classique, et exécutée à partir d’un élément décoratif de ferronnerie de villa de classe moyenne. Sauf qu’ici, ces barres torsadées ne sont clairement pas le produit d’un serrurier mais d’un moulage, tout comme les clous, les vis et la patte de faucon qui servent d’attaches à une série de nouvelles œuvres sur papier, mi-paysages atmosphériques, mi-abstractions radicales (Sans Titre, 2010). L’œuvre de Valentin Carron est éminemment non-dialectique, et la tension entre tous les différents termes qui l’a composent n’est jamais complètement résorbée. De fait, les chimères qu’il offre à notre regard ne cessent de nous placer, un peu contre notre gré, dans l’inconfortable position d’arbitre idéologique.

Fabrice Stroun


ENGLISH VERSION

 

One should always take Valentin Carron’s work at face value. Bertrand (2010), a work in lacquered glass cast from his own body, offers us a rather miserable portrait of the artist:  two feet, its toes showing through worn out socks. Bertrand brings to mind earlier works of Valentin Carron (that remain little known in France) that played with the stereotypes of a forlorn masculinity, such as his improbable tobacco ice cream, a gold nail clipper or leather slippers tailored to the feet of the tallest man alive. If one understands “Bertrand” in French as a generic name for the neighborhood drunk or the local outcast, his sad plight stands miles apart from the current clichés of the over-professionalized, young, financially successful and healthy artist.

We have to go back to the ‘80s to find the last incidence of the antisocial artist as a mainstream figure, which was then customarily represented as an expressionistic painter, usually an alcoholic, and preferably German. Knowing that this period also brought the advent of his younger twin, the artist as entrepreneur-cum-Wall Street trader, Valentin Carron’s seemingly conservative image is not so much reactionary as confrontational, and brings to mind Magritte’s purposely-rude Vache period, such as Jean-Marie, a 1948 portrait of a hen thief with a peg leg making a get away. Coming from an artist that claims to spend his days producing scale models of “the very things (he) abhors,” it would be a mistake not to take Valentin Carron’s acrid humor seriously. This perpetual and willful ambiguity, between statements that are obviously meant with irony and, simultaneously, demand to be taken sincerely, gives the work its uniquely unservile quality.

One of the great strengths of Valentin Carron’s work is its capacity to translate these games of moral irresolution into material and stylistic tensions which belong to the history of sculpture: the vernacular and the modern, the handmade and the industrial, the original and the copy, the institutional and the avant-garde, etc. Hence Einhorn (Unicorn, 2010), a geometric progression in four parts inspired by Minimalism, made with a standard European middle-class villa decorative element. Except that here, these twisted metal bars are clearly cast rather than the product of a blacksmith’s hand, just as are the nails, the screws used to hang a new series of untitled works on paper which waver between atmospheric landscapes and radical, monochromatic abstractions. Valentin Carron’s work is eminently non-dialectic, and the inherent conflicts between all the antagonist terms that compose it remain unresolved. As such, the chimeras he brings into the world never cease to corner us, slightly against our will, in the uncomfortable position of ideological arbiter.

Fabrice Stroun

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