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Paris

Galerie Michel Rein

Exhibition Detail
Talkie Walkie
42 rue de Turenne
75003 Paris
France


June 2nd, 2013 - July 31st, 2013
Opening: 
June 8th, 2013 4:00 PM - 9:00 PM
 
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© Courtesy of Galerie Michel Rein
> ARTISTS
> QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.michelrein.com
NEIGHBORHOOD:  
3rd Arrondissement
EMAIL:  
galerie@michelrein.com
PHONE:  
+33 (0) 42.72.68.13
OPEN HOURS:  
Tue - Sat 11am-7pm
TAGS:  
photography, sculpture
> DESCRIPTION

Concordance de temps

Qu’elle s’appelle « ping-pong », « affinités électives », « échanges de bons procédés », « réponse du berger à la bergère », « connivences » ou finalement « Talkie-Walkie », l’exposition relève moins au final de l’entre soi que d’un dialogue gourmand. Celui entamé entre deux galeristes qui se  onnaissent et s’estiment depuis longtemps, chacun depuis sa rive : gauche pour Natalie Seroussi, droite pour Michel Rein. Chacun dans son domaine aussi : art moderne pour la première, art contemporain pour le second. Point de concurrence ici mais la volonté de se faire plaisir en échangeant ses atouts, ses cartes maîtresses, le temps d’une partie aux règles empiriques, le temps d’une exposition. En guise de trait d’union, comme un génie sortant de sa lampe, Didier Faustino, artiste et architecte qui travaille avec la galerie Michel Rein depuis quelques années. Cet hiver, sa passion admirative pour la radicalité tant esthétique, politique que plastique de l’artiste-architecte Gordon Matta-Clark, a amené Faustino à accepter l’invitation de Natalie Seroussi à scénographier une exposition des photographies de ce sculpteur d’architectures décédé en 1978. Et si Faustino a redessiné la galerie de Michel Rein, il s’emparera au terme de « Talkie-Walkie », des espaces de Natalie Seroussi pour un complet remaniement. Signe de l’engagement de cette femme dans une nouvelle aventure, désireuse après ce premier échange, de susciter de nouveaux dialogues entre art contemporain et les oeuvres d’art moderne qu’elle sait présenter.

Il aura fallu de la patience et beaucoup de volonté pour accorder les violons de ces deux professionnels et leur bon génie artiste : les agendas respectifs sont parfois plus durs à cuire que les désirs. Finalement, chacun a abattu ses cartes, sorti ses trésors historiques ici et ses nouveautés là, défendu ses chouchous et divulgué des raretés. Natalie Seroussi s’est laissée guider par ses amours
architectoniques ; ils sous-tendent sa sélection resserrée autour de douze artistes et architectes, forcément subjective. Surtout subjective devrais-je dire. Dans ce genre d’exercice de style, l’exposition tient autant du portrait chinois. On peut y lire beaucoup de son auteur-sélectionneur. Natalie Seroussi a été rationnelle. Michel Rein a été débordant dans ses envies attisées par les propositions de merveilles modernes qui lui ont été faites. Il faut dire que « ses » artistes ont une certaine érudition historiographique qui sied bien aux grands maîtres importés de chez Natalie Seroussi. On compte plus du double d’oeuvres chez lui, rue de Turenne. La galerie est aussi plus grande. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour expliquer cette appétence, elle tient à sa personnalité. Si l’équipe de Michel Rein n’a pas souhaité comme sa consoeur s’astreindre à un thème, s’impose toutefois une cohérence visuelle au passage en revue des forces en jeu. Entre les fétiches ou les formes totémiques que l’on peut voir dans Babel (Shambles), (2010), assemblage de caissons blancs de Saâdane Afif comme dans Prismatique (P3), composite de chêne et de béton édifié en 2012 par Raphaël Zarka, le tronc d’arbre fantomatique tagué de Didier Marcel (Colonne (hêtre), 2007), Dead Domesticity Zone (Redux), crâne de moquette créé l’an dernier par Didier Faustino ou le masque « à l’africaine » en plastique thermoformé de Franck Scurti (White Memory F, 2007), les «arguments » contemporains ont du répondant face à la Composition horizontale –verticale, une aquarelle géométrique peinte en 1916 par Sophie Taeuber-Arp, les courbes pulpeuses d’un délicat plâtre immaculé de Jean Arp (Propriétaire du tonneau de Heidelberg, 1962) ou les associations grinçantes du collage Aus der Sammlung: Aus einem Ethnographischen Museum, Nr. IX., réalisé en 1929 par Hannah Höch. Une histoire peut déjà s’écrire entre ces quelques oeuvres, visuelle, formelle, intellectuelle surtout ; des affinités comme celles qui sont apparues comme des évidences pour les galeristes qui les ont choisies.

Les expositions en musée s’écrivent presque toujours selon une partition bien huilée, thématique, monographique ou chronologique. Dans un centre d’art, la tentation ces dernières années a été de convoquer les artistes à assumer la subjectivité de leurs choix, une coudée franche que n’assument pas toujours les commissaires, alors taxés de se comporter comme des auteurs. Comme si c’était un gros mot. Dans une galerie, la liberté est celle que se laisse la ou le propriétaire.

S’ils veulent « faire » les auteurs, ils le peuvent. Natalie Seroussi et Michel Rein ne se sont pas privés sans que leurs « récits » ne viennent encombrer les oeuvres. Des douze joueurs sélectionnés par la galeriste, onze sont aussi chez son confrère. Mais ils ne racontent pas les mêmes affinités. Lorsque Love Me Tender (2000), siège sadique à la beauté rutilante du diable de Didier Faustino partage l’espace de trois lampes constructionnistes en aluminium de Le Chevallier (années 1920), d’une photographie de déconstruction architecturale de Gordon Matta-Clark (Conical Intersect, 1975) et Off the Grid, une grille de chantier récupérée puis plaquée d’or et de peau de boa par Franck Scurti en 2013, il se dessine – au-delà des accointances formelles – une évidence conceptuelle, une doxa artistique qui cheville chacun de ces travaux manuels. Et c’est presque un « happy end » qui s’écrit lorsque Natalie Seroussi propose un Dessin métaphysique que De Chirico effectue en 1917 en regard de la délicate Forme à Clé que Raphaël Zarka a photographié sur la palette même du peintre italien dans l’atelier de ce dernier. Décidément, cette exposition n’est pas le fruit du hasard mais celui d’une intuition puissante.

Il a fallu les yeux de deux galeristes pour élaborer ce dialogue comme on envoie des signaux de fumée d’une rive à l’autre selon des codes qui restent propres à chacun, indéchiffrables pour le quidam. Mais, au final, c’est là toute la beauté du geste, on se comprend. Car ce qui parachève l’intérêt de ce jeu, c’est qu’il laisse toute sa place et sa responsabilité au visiteur qui ne pourra jamais être aux deux endroits en même temps, à la spectatrice qui sera obligée de voir, de quitter, d’oublier, de se remémorer à mesure qu’elle quittera l’une pour rejoindre l’autre. À celui qui se contentera d’une seule moitié. Je n’ai pas fait autre chose que de jouer moi aussi une partition avec les notes des autres, mais la petite musique qui en sort m’appartient. C’est le don que fait « Talkie-Walkie » à ses visiteurs, celui de les inviter à dialoguer.

Bénédicte Ramade

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Conjugation
Call it what you like: "ping-pong", "elective affinities", "an exchange of favours", "tit-for-tat", "collusion" or even "Walkie-Talkie". Whatever you think, this exhibition is ultimately less about the relationship with oneself, but an in-depth dialogue. The two galleries involved have known and understood each other for a long time, each from their own bank of the Seine: Natalie Seroussi on the left bank, and Michel Rein on the right. Each has their own specialty too, being modern art and contemporary art respectively. There is no level of competition, but each takes pleasure from sharing their strengths, playing their trump cards, playing by empirical rules, during a game of cards, during an exhibition.

The link between the two is Didier Faustino. Like a genie out of the lamp, this artist and architect has worked with Galerie Michel Rein in recent years. Over winter, drawn by his admiration and passion for the radicalism of artist-architect Gordon Matta-Clark (in terms of his aesthetic, politics, and plastic work), Faustino accepted an invitation by Natalie Seroussi to design an exhibition of photographs about the architectural sculptor, who died in 1978. Just as Faustino redesigned the Michel Rein gallery, after "Walkie-Talkie", he will completely overhaul Natalie Seroussi’s space. Building on their first exchange, this is a sign of this woman’s commitment to stimulating new dialogue between contemporary art, and the modern art that she is so talented at displaying.

It took a lot of patience and goodwill in order for these two consummate professionals and their genie to come together at the right time. Organising their respective agendas was somewhat harder than matching their will. In the end though, each was able to play their cards, dig their historical treasures out from here and there, stand-up for the beloved pieces, and disclose their rarities. Natalie Seroussi was guided by her architectural loves, which underpin the tight selection of twelve artists and architects. This selection has been necessarily subjective, or especially subjective, I would even say. In this kind of exercise in style, what makes an exhibition interesting is its eclectic styles. It says much about the author-selector. Natalie Seroussi was rational. Michel Rein was overwhelmed by his lust for the selection of modern marvels that were offered to him. It must be said that "his" artists have a certain historiographical scholarship that is well-suited to the grand masters imported by Natalie Seroussi. There are more than double the number of works at his space on Rue de Turenne. The gallery is also larger. But aside from this, another reason for his appetite was his personality. Michel Rein’s team might not have followed his fellow gallery owner’s lead by sticking to a theme, but they have managed to impose a sense of visual coherence through reviewing the forces at play.

Take for example the fetishes or totemic forms that can be seen in Babel (Shambles), (2010), the composition of white boxes by Saâdane Afif, in Prismatique (P3), 2012, Raphaël Zarka’s oak and concrete composition, in the ghostly tree trunk signed by Didier Marcel (Colonne (hêtre), 2010), in Dead Domesticity Zone (Redux), the skull made from carpet created by Didier Faustino last year, or in the mask "à l’africaine", which Franck Scurti made from thermoformed plastic (White Memory F, 2007). Each of these contemporary 'arguments' respond to Composition horizontale –verticale, a geometric watercolour painted in 1916 by Sophie Taeuber-Arp, the luscious and delicate pristine plaster by Jean Arp (Propriétaire du tonneau de Heidelberg, 1962), or the dissonant associations of the collage Aus der Sammlung: Aus einem Ethnographischen Museum, No. IX, made in 1929 by Hannah Höch. One could write a narrative about these few works, based on their visual, formal, and especially intellectual affinities, which were obvious to the gallery curators that selected them.

Museum exhibitions are almost always conceived based on a selection that is well tested, thematic, monographic or chronological. In recent years, art centres have been tempted to encourage artists to take responsibility for the subjectivity of their choice. This freedom is not always taken on by the curators, who are made to act like authors – as if this is an important word! In a gallery, freedom is left up to the owner. If they want to "make" the authors, they can. Natalie Seroussi and Michel Rein might not have not been left deprived by having their "stories" cluttering up the works. Of the 12 participants selected by the galleries, eleven are shared between the two. But they do not share the same affinities.

Love Me Tender (2000), Didier Faustino’s sadistic chair that gleams with devilish beauty, shares the space with three constructionist lamps of aluminium by Le Chevallier (1920), a photograph of Gordon Matta-Clark’s architectural deconstruction (Conical Intersect, 1975), and Off the Grid, which is a worksite grill recovered and then plated with gold and boa skin by Franck Scurti in 2013. The space becomes a conceptual proof that creates more than just a formal acquaintance between the works, but instead provides an artistic orthodoxy that is a mainstay of the works. And it's almost a happy ending when Natalie Seroussi offers a metaphysical drawing by De Chirico from 1917 next to the delicate Forme à Clé, which Raphaël Zarka photographed on the same palette of the Italian painter in the latter’s studio. To be clear, this exhibition has not been designed by accident, but rather by powerful intuition.

It has taken the eyes of two galleries to develop this dialogue, which is like sending smoke signals from one side of the river to the other, in codes that are specific to each and indecipherable to the everyman. But in the end, in the beauty of this gesture we find understanding. For what fulfils the interest of this game is that it leaves its place and responsibility to the visitor, who can never be in both places at the same time. The spectator will be forced to see, to leave, to forget, and to remember, as they leave one to reach the other, or be satisfied with just one half. I myself have done nothing more than play a part with the notes of others, but the little music that comes out belongs to me. This is the gift that “Walkie-Talkie" offers to its visitors: that of inviting them to create dialogue.

Bénédicte Ramade


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