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Paris

Galerie Sit Down

Exhibition Detail
Unknown - India
4, rue Sainte-Anastase
75003 Paris
France


March 22nd, 2013 - May 11th, 2013
Opening: 
March 21st, 2013 6:00 PM - 9:00 PM
 
,
© Courtesy of Galerie Sit Down
> QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.sitdown.fr/
NEIGHBORHOOD:  
3rd Arrondissement
EMAIL:  
info@sitdown.fr
PHONE:  
01-42-78-08-07
OPEN HOURS:  
Tue-Sat 2-7pm
TAGS:  
photography
> DESCRIPTION

“Mon Inde demeure unknown,  tels  les auteurs de ces photos trouvées, photos d’inconnus inconnues, compagnons de voyage  et témoins de cette aventure humaine”.

Isabelle Décamps parle de cette étonnante collection commencée il y a quinze ans, comme d’un long cheminement. Pour cette passionnée d’images, la quarantaine de photographies exposées ici raconte tout et ne révèle rien.

Personnages anonymes, paysages non identifiés, dates ignorées

“Neti, neti  “Ni ceci, ni cela”, ce concept indien  qui signifie que  toute affirmation contient intrinsèquement sa contradiction, résume à lui seul l’esprit de cette collection singulière.

Etres sculptures, architectures humaines, l’un ou l’autre ou bien ni l’un ni l’autre.

Neti, neti, une collection de regards, d’âmes, d’atmo-sphère : Atman.

A travers ces moments d’images, dont quelques nus, Isabelle Décamps nous dévoile avec pudeur son Inde rêvée, son Inde intérieure.

Pour révéler sa passion, les très beaux cadres anciens de l’antiquaire Vincent Guerre.

 

UNKNOWN INDIA par Véronique Vauvrecy

L’Inde….

On pourrait ne jamais y être allé…

On pourrait s’y transporter au fil de la contemplation d’un tapis kashmiri brodé à la main.

On rêverait au palais dessiné à l’aiguille…

…Sous l’élégante arcade s’épanouit un arbre aux mille fleurs, serti de spirales d’espace. Celui-là même que le Maharaja de retour, encore sur son éléphant, aime à retrouver dès le premier regard… Image d’oasis traversées ou rêvées… Image du Paradis…

Et on se serait arrêté là, devant la façade décrépite. Notre regard se serait perdu sur la dentelle de pierre rongée par le temps et sur les peintures délavées par les moussons. Splendeur déchue…

Et nous n’aurions pas osé nous aventurer derrière la lourde porte entrebâillée…

On serait resté là, aux marches du palais…

Isabelle Décamps a osé. Avec la curiosité qui toujours l’anime, elle a poussé la porte. Avec audace, elle a franchi le seuil du palais d’Udaipur. Elle est entrée… Eblouissement !…

L’arbre est là, au milieu du patio, nimbé d’une lumière intense ! Glorieux de vitalité, il règne au cœur du délabrement… Des lambeaux d’étoffes gisent dans le jardin en friche… Des sièges renversés, à demi-brisés, ponctuent l’enclos ici et là… Le bassin ne reflète plus les nuages…

…Isabelle avance, féline, en quête des histoires des mille et une vie d’âmes disparues…, moins une ! : un ouistiti détale, puis s’immobilise et se retourne vers elle. Interdite. En équilibre. Les mains se soutiennent à l’espace. Les yeux dans les yeux, de regards pétrifiés, chacun se fait statue. Une minute s’écoule, puis deux, puis trois, quatre, cinq, et le singe disparaît…

…Isabelle continue, à l’affût…

Elle s’engouffre sous les arcades, monte avec précaution un escalier incertain. Elle s’introduit dans ce qui fut une chambre.

…Chambre de Chine de sa grand-mère, camera obscura toujours fermée à clé, toujours imaginée…? Ou chambre d’Inde, ici et maintenant, en pleine lumière révélée ?… Le temps et les lieux, dans son esprit, soudain, se confondent…

Elle s’approche du grand lit carré. Il n’est plus qu’un cadre…, qui recèle, ô ! merveille !, – est ce un rêve ! – une jonchée de photos !… Cela peut n’être que pour elle !, – cadeau béni de Shiva, Vishnou, Sarasvati, Ganesh et les autres ! -, pour elle, femme d’images, agent de photographes, collectionneuse, chercheuse d’insolite, découvreuse d’entre-deux, qui n’a de cesse de courir l’Inde !

…Elle exulte… Avec effervescence et contemplation mêlées, elle s’absorbe dans chaque image… Ravissement du regard…

…Là, le petit Maharaja mélancolique, des larmes brillantes aux yeux, monté sur ses trônes d’enfant, tricycle ou cheval, sage comme une statue équestre : Fateh Singh !, c’est sûr !

Et là, cet homme enturbanné, – «Unknown» -, la barbe blanche moulée sur le menton, l’air fatigué, son grand-père peut-être ?

Là, ce très vieil homme, – «Unknown» -, sec et droit comme un i : son arrière grand-père ? Non !, un homme du peuple plus surement.

Et là, ses trois jeunes hommes – «Unknown», – assis le dos raides, les pieds maladroits : ses grands frères, pourquoi pas ?, ou alors son père et ses oncles alors jeunes ?…

Les uns ou les autres postés devant les tentures d’exotiques jardins d’Occident, image dans l’image. Tous,  le regard intense, scrutateur, perçant. Presque rapace.

Mais que veulent-ils saisir, que veulent-ils toucher du regard, ces yeux qui visent en plein dans le mille, ainsi que ce troisième œil grand ouvert sous ses traits safran ? Le photographié est-il regardé ou regardeur ?… Plutôt celui qui scrute l’objectif, qui le transperce, inquisiteur de l’insaisissable. Car qui, mais qui donc est au-delà de la lentille, dans cet espace invisible qui révèle sur le papier le visible ? Même question, hier comme aujourd’hui, de la chambre au photomaton où l’on va jusqu’à le provoquer effrontément derrière des lunettes noires…

…Dans la rue grouillante de monde, Isabelle fait ce grand écart. Franchissant le rideau de la cabine, des épreuves ratées d’inconnus jetées au sol, oh ! combien saisissantes !, lui sautent aux yeux. Elle s’en empare avec frénésie…

Une collection de photos se constitue qui se déploie bientôt à plat dans une autre chambre, la sienne : Unknown India est en marche, une ethnographie du regard qui en interroge la nature et l’essence.

…Elle saute à pieds joints. Au milieu du vacarme incessant de l’Inde et du tintamarre des klaxons, des myriades de regards hypnotiques quémandent sa reconnaissance : « J’existe pour toi, et toi, tu existes pour moi ». Etourdissement…

En Inde, le regard est doté d’une dimension métaphysique et spirituelle. Plonger son regard dans celui de l’autre, s’y fondre, c’est tisser une relation entre le donner et le recevoir. Plus précisément, c’est établir une reliance d’âme à âme.

Regard du Dieu de pierre au dévot, du gourou au disciple, du maître à l’élève, de la mère à l’enfant, du mari à la femme. Lieu de l’initiation et de la transmission d’une énergie, laboratoire de la révélation intérieure.

La photographie a le noble apanage de cette Annonciation. Sans doute est ce la raison pour laquelle les indiens entretiennent un rapport si fort à l’image : ils aiment photographier, ils adorent être photographiés, vifs ou morts. L’image est comme une icône, porteuse d’une lumière intérieure, divine, inscrite en soi. Elle est reflet de l’âme.

La tentation est grande d’explorer ce mystère en usant de l’artifice de miroirs, dans lesquels Narcisse ne se contemple aucunement. Ces jeux de mise en abîme priment sur la mise en scène de soi. Quand elle le devrait, le nu qui s’exhibe dans l’atelier ou le modèle qui pose dans le studio perde leurs yeux ailleurs…, car ils sont regardés.

Dans ce côtoiement quotidien de l’Inde avec le divin et les dieux de pierre dans les temples, que l’on soit grand roi ou habitant de la rue, le corps photographié, tout naturellement, se fait statue. Pétrifié. Immortel !


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