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Paris

Galerie Sultana

Exhibition Detail
La Nostalgie, Camarade
12, rue des Arquebusiers
75003 Paris
France


February 23rd, 2013 - March 30th, 2013
 
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© Courtesy of Galerie Sultana
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© Courtesy of Galerie Sultana
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> QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://galeriesultana.com
NEIGHBORHOOD:  
3rd Arrondissement
EMAIL:  
contact@galeriesultana.com
PHONE:  
+33 01 44 54 08 90
OPEN HOURS:  
Tues-Sat 11-7
> DESCRIPTION

« Le passé est ce dont nous rappelons du passé, et ce souvenir et un mélange de fragments que, maintenant, dans le présent, nous collons et attachons. Ainsi, le passé n'existe pas, n'existe que le présent dans lequel cette composition émulsionne en suivant ses propres règles pour également se faire présent. Mais il y a quelque chose de plus terrible encore : si même le passé n'existe pas, comment peut alors exister le futur ? (...) Dans un désert présent, nous nous mouvons délimités par ces deux mirages, le passé et le futur. »

Augustin Fernandez Mallo in Nocilla Dream, 2006

Un électrophone tourne sur le comptoir d'accueil de la galerie. La machine s'arrête mais ne meurt pas, prête à relancer sa musique insidieuse, deux vielles reprises de la moyenne chanson française rafraîchies par Bader Motor (Fred Bigot, Vincent Epplay et Arnaud Maguet) : «J'aime regarder les filles» de Patrick Coutin (carrière aussi brève que courte) et «L'indien» de Gilbert Bécaud (destinée plus longue mais trop longue). La pochette du 45t traîne dans les parages, illustrée de deux images recto/verso d'une sombre élégance signées Arnaud Labelle-Rojoux, maître des forces obscures. Stéphane Roger prête sa voix, ce qui n'est pas forcément un bon signe. Ne croyez surtout pas qu'il s'agit-là de la bande son de l'exposition d'Arnaud Maguet, «La Nostalgie, Camarade !» Il s'agit juste de la première chose que vous voyez ou entendez - ou n'entendrez jamais.

Plus loin, disséminées, cinq pains de plastique en terre, équipés pour l'occasion de pédales Delay, envisagés comme des détonateurs prêts à faire sauter le quartier. Un retard musical sème le bruit de l'explosion qui n'aura pas lieu. Au milieu des ces leurres explosifs, la maquette d'une pièce ancienne, «L'ambassadeur», à ne pas confondre avec la célèbre enseigne de rochers chocolatés distribuées sous cloche dans les soirées du corps diplomatique. Puis, sur le même mur, juste un peu plus loin, quatre perruques, enfermées dans un caisson, agitées par un ventilateur nonchalant, jouent aux quatre garçons dans le vent ainsi destitués de leur légende dorée. Sur la gauche, ou en face selon où vous vous trouvez, des planches de bois sont recouvertes d'affiches sérigraphiées sur du papier journal récupéré dans l'atelier d'impression d'un quotidien local dont on taira le nom. Les images sont celles de la contestation, reconnaissables entre mille, et pourtant non identifiables, graphismes des luttes populaires, poings et expressions de service, cervelle percée par le grand tournevis de l'oppression. Les titres sont ceux de chansons enfouies dans la brume de l'histoire de la musique : «La Nostalgie, Camarade» de Serge Gainsbourg (1981), «The Revolution Will Not Be Televised» de Gil Scott-Heron (1970) et «We Don't Need This Fascist Groove Thang» de Heaven 17 (1981). Sur le mur d'en face, celui de droite selon où l'on se trouve, deux photos encadrées côte-côte. Celle de gauche montre une main et ses cinq doigts chapeautés par trois têtes de crevettes et un bulot, image issue de la pochette du premier album des Résidents qui, en 1974, parodient les Beatles en se donnant comme noms de scènes : John, Georges et Paul McCrawfish et Ringo Starfish. Sur l'autre photo, on retrouve, écrit au stylo Bic dans la paume de la main droite, les noms des fab four traduits en français, ne laissant plus de doute quant à leur destitution. Enfin, sur le mur du fond de la galerie (celui qu'on ne peut rater, sauf en cas de terrible cécité), une étagère remplie de têtes en céramique, malaxées et séchées en 45 minutes, portraits déformés et néanmoins réels de héros oubliés du rock'n'roll exhumés par Nick Tosches dans son ouvrage éponyme.

Au cœur flottant de l'espace, il manque ce qu'on ne voit pas, ce travail sur les racines de la musique populaire, son pouvoir diégétique, constitué de traditions dévoyées, de légendes improbables et d'histoires tronquées. Les liens interlopes que tisse Arnaud Maguet ne s'appuient que sur des béquilles narratives, plus ou moins dégradées ou déconstruites. De ce miroir aux alouettes suinte une esthétique du provisoire, du définitif inachèvement, produites dans la pénombre du garage où ne demeure - une fois la nuit tombée - que la charge légère de signes orphelins. Les vanités s'éclairent à la bougie des moteurs.

Eric Mangion

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A record player goes around at the front desk of the gallery. The machine stops but does not turn off, ready to restart its insidious music – being two old versions of the average ‘chanson française’ J’aime regarder les filles (I like looking at girls) by Patrick Coutin (his career as brief as it was short), reworked by Bader Motor (Fred Bigot, Vincent Epplay and Arnaud Maguet) and The Indian by Gilbert Bécaud (his career was longer, too long). The album cover of the LP is around somewhere, illustrated with two recto/verso images of dark elegance by Arnaud Labelle-Rojoux, master of dark forces and Stéphane Roger lends his voice – which is not necessarily a good sign. Don’t believe for a minute that this is the soundtrack of the exhibition by Arnaud Maguet «La Nostalgie, Camarade!» (Nostalgia, Comrade!), it is just the first thing that you see or hear – or will never hear.

Further on, five blocks of explosive are scattered on the floor, equipped for the occasion with Delay pedals, envisaged as detonators ready to explode the neighbourhood. A musical delay spreads the noise of the explosion that has not taken place. In the middle of these explosive decoys, the maquette of an old piece, L’Ambassadeur (the ambassador), not to be confused with the famous sign depicting chocolaty rocks distributed under a cloche during evening parties held by the diplomatic corps. Then, on the same wall, just a little further along, four wigs enclosed in a crate, agitated by a nonchalant fan play four boys in the wind (the French title for A Hard Day’s Night), their gilded legend removed. On the left, or facing you, depending on where you are, planks of wood are covered with posters screen-printed on newspaper recuperated from the local printing workshop of a daily newspaper whose name we won’t mention. The images are those of the dispute, recognisable amongst a thousand, yet unidentifiable, graphics from popular struggles, fists and expressions of service, the brain pierced by the great screwdriver of oppression. The titles are those of songs buried in the fog of music history: La Nostalgie, Camarade (Nostalgia comrade) by Serge Gainsbourg (1981), The Revolution Will Not Be Televised by Gil Scott-Heron (1970) and We Don't Need This Fascist Groove Thang by Heaven (1981). On the facing wall, the right side depending on where you are, two framed photos hang side by side. One on the left shows a hand and its five fingers capped by three prawn heads and a sea-snail, an image that comes from the Residents’ first album in 1974, a parody of the Beatles, giving themselves the stage names of John, George and Paul McCrawfish and Ringo Starfish. On the other photo, we find, the names of the fab four translated into French written in biro on the palm of the right hand, no longer leaving any doubt as to their destitution. Finally on the wall at the back of the gallery (the one we cannot miss except in the case of terrible blindness), a shelf filled with ceramic heads, kneaded and dried in 45 minutes, deformed though nonetheless real, portraits of the forgotten heroes of rock’n’roll, unearthed by Nick Tosches in his eponymous work.

In the floating heart of the space, that which we cannot see is missing, this work on the roots of popular music, its diegetic power made up of errant traditions, improbable legend and truncated stories. The interloping links that Arnaud Maguet weaves together do not only rely upon more or less degraded or deconstructed base narratives. Into this case of smoke and mirrors seeps a temporary aesthetic, of definitive incompletion, produced in the half-light of the garage where, once night has fallen, there only remains the light charge of orphan signs. The vanities lit up by spark plugs.

Eric Mangion


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