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Paris

Galerie Bertrand Grimont

Exhibition Detail
Fraction II
203 bis rue Saint Martin
75003 Paris
France


November 10th, 2012 - December 15th, 2012
 
Lost in Time, Patrick BernatchezPatrick Bernatchez, Lost in Time,
tryptique, impression au jet d'encre sur papier photo,neons, 180 x 320 cm
© Courtesy of the artist and Galerie Bertrand Grimon
> QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.bertrandgrimont.com
NEIGHBORHOOD:  
3rd Arrondissement
EMAIL:  
info@bertrandgrimont.com
PHONE:  
+0331 42 71 30 87
OPEN HOURS:  
Tuesday till Saturday /// 2:00pm - 7:00 pm
TAGS:  
sculpture
> DESCRIPTION

DU TEMPS GELE ET DEGELE
“Death needs time for what it kills to grow in... “1

WILLIAM S. BURROUGHS

UN VOYAGE DEVOYE
Un cavalier noir et son cheval se démènent dans une tempête de neige. Ils avancent lentement dans la visibilité, et semblent appartenir à une période indéterminable. Est‐il guerrier dévoyé de l'apocalypse, explorateur perdu du 20e siècle, ou futur voyageur en planète stérile? Impossible à déterminer, puisqu'il s'agit de figures complètement anachroniques, nées d'un autre temps. Les chutes de neige, incessantes, mélangent les différents blancs jusqu'à créer un paysage dépourvu d'horizon. Enveloppé dans cette étendue sans bornes, le cavalier est désorienté et n'a nulle part, et partout, où aller. Les armures de la monture et du cavalier ne les protègent pas de la colère des éléments. Ils ne luttent alors que pour leur survie. Ils cavalent en zigzag au hasard et se mesurent tous deux à l'immensité impitoyable et à l'attaque du temps : le temps qu'ils échappent à ce labyrinthe ouvert d'espace d'infini, ou encore le temps qu'on leur octroie avant de succomber au froid mortel. Guidé par son instinct, le cheval tente de survivre dans l'instant, alors que la raison dirige toujours le cavalier vers l'avant, malgré les conditions extrêmes. Une lueur d'espoir naît de la capacité à prévoir au‐delà de l'immédiat. Après la chute imminente du cheval et la poursuite de l'errance du cavalier, l'alliance vigoureuse de l'homme et de la bête est rompue alors qu'ils sont abandonnés à leurs propres destins. Chacun est pris et gelé dans une fraction du temps. Fractions qui indiquent le temps de chacun, pour lesquelles on se bat et survit ou bien se rend à la main glacée de la mort. Espace infini de blancheur dans lequel seules des variations de minutes et des répétitions procurent une prise de pied afin de se déplacer dans ce territoire spatiotemporel glaciaire.


1 William S. Burroughs, Ah Pook is Here, and other texts, Riverrun Press, New York, 1982, p.26
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LA SURFACE GLISSANTE DU TEMPS

Isolée, elle est un chronomètre peu commun : une montre‐bracelet noire avec une cadran vierge et une unique aiguille qui mettra 1000 ans à compléter sa révolution. Le tic‐tac incessant de la montre nous laisse croire qu'elle avance en mesurant le calendrier avec précision. C'est un espace temporel virtigineux dans lequel le mouvement de l'aiguille aura parcouru à peu près 4mm en l'espace d'une vie.  On se trouve ainsi devant un temps abstrait qu'on ne considère pas comme une propriété matérielle, mais comme la condition inconditionnée qui sous‐tend l'émergence de tout phénomène. Privé de visage – tout comme la montre – le temps n'apparaît qu'à travers les effets qu'il imprime sur ses masques spatiaux, à savoir statisme/mouvement, croissance/déclin, ordre/chaos. Sans aucun mouvement perceptible d'aucun effet phénoménal, la montre indique le temps de façon abstraite et volatile : surface noire et glacée qui s'etend sur des millénaires et n'offre pas de prise sur l'expérience vécue. La montre noire provoque un état qui fait écho à l'observation de Wittgenstein, selon laquelle : « Nous nous trouvons sur une surface de glace glissante quand il n'y a plus de friction et donc, d'une certaine manière, quand les conditions sont idéales ; pourtant, cette même situation nous empêche de marcher. Nous voulons marcher donc nous avons besoin de friction. Retournons sur le sol rugueux! ».

La glace glissante est ici le déployement lisse et régulier d'un temps inconditionné n'apportant pas la traction qui permettrait à l'événement conditionné de naître. C'est pendant la durée de ce délai verglacé que plusieurs fractions donnent assez de friction pour qu'un événement puisse prendre corps.

Il se détache du temps, être irréversible qui marque la différence entre le passé et le futur, et garanti un sol rugueux sur lequel l'histoire peut développer son action. Bien que la condition première de l'événement soit le temps, il est aussi conditionné par d'autres facteurs, principalement la température.

2 Ludwig Wittgenstein, Philosophical Investigations, part I, Blackwell Publishing, London, 1953,
p.107

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UNE QUESTION DE DEGRES

Le cavalier noir peut en témoigner, le froid ralentit le temps, gèle les choses, capture la vie et la tue dans sur sa trajectoire. Le cheval et le cavalier sont une île de chaleur dans un océan de froid. Ils doivent, afin de survivre, conserver la chaleur de leurs corps dans cet environnement glacé. Comme tous les systèmes physiques ils sont sujets, avec le temps, à subir des changements gouvernés par des processus thermodynamiques et leurs variables (température, énergie et entropie). En termes biochimiques il faut, pour que la vie apparaisse – en tant qu'événement très précis – et subsiste, un équilibre très délicat et pérenne entre la chaleur et le froid. Le mouvement dans le temps génère de la chaleur, le froid la dissipe et est au bout du compte le signal de la fin du temps mortel. Pourtant le froid n'oblitère et ne détruit pas seulement : il préserve également de la décomposition. Dans certaines conditions – comme les 77 Kelvin de la cryogénie – la vie peut hypothétiquement être préservée dans un état latent. Ainsi, un aperçu rapide et soudain du temps n'est pas à proscrire si les conditions de dégel sont bonnes. Bien que cela reste à voir, puisque dans les séries d'événements qui se développent autour du voyage du mystérieux cavalier, il n'y a pour le moment que des fragments d'objets et des fractions du temps qui indiquent des résultats potentiels. Explicitement, il y a des objets, des images et des sons desquels on peut déduire la couleur de ce qui doit arriver en un temps donné.

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AVANCER EN SPIRALE

Dans sa course le temps donne naissance à des événements irréversibles, dans lesquels le retour à un état initial ou à un commencement idéal est impossible. La flèche du temps avance éternellement pendant que la dissipation de la chaleur et de l'énergie effectue son travail d'entropie. Les cercles retournent cependant à un mouvement en spirale, en se répétant toujours de différentes manières. En écho aux images de 77k, on peut écouter un enregistrement live des Variations de Goldberg de Bach dans lesquelles sept disques sautent sur des fractions de mélodie et passent à l'Aria. Un huitième disque joue un bourdonnement qui souligne le temps comme une condition de la naissance. La musique créée est en résonance avec l'inexorable gravitation du cavalier dans le désert polaire. Variation sur les variations, la musique de Bach est sujette à une recombinaison et à une transformation jamais entendue auparavant. Une sculpture accentue la temporalité aux multiples facettes de cette accumulation ouverte de fils narratifs. L'exposition du heaume protecteur noir du cheval ancre les images filmiques dans une matérialité palpable et déclenche des hypothèses quant aux origines de l'animal et à sa destinée. S'agit‐il d'une relique exhumée d'un événement passé, ou d'un indicateur de ce qui n'est pas encore arrivé? D'autre part une valise remplie de néons colorés ajoute à l'énigme. Quel est le but de cet objet parmi la série? Les couleurs vivantes qui contrastent avec le froid mortel de l'arctique? Est‐ce un signal d'un temps passé qui ne peut être réactivé?
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Une note d'espoir pour les temps à venir? Ici, comme ailleurs dans le travail considérable de Patrick Bernatchez, Lost in Time, tous les éléments sont ouverts à des lectures multiples et doivent être considérés comme faisant partie d'un tout en évolution constante, dans lequel aucune oeuvre n'est autonome. L'artiste travaille en effet selon une méthode résolument allégorique dans laquelle des fragments sont continuellement reconfigurés et juxtaposés sur un laps de temps sans jamais fusionner en une oeuvre finale. Dans ce projet, tout comme dans son précédent cycle Chrysalides, le processus ainsi que l'oeuvre sont guidés par un déploiement temporel dans lequel le sens change constamment au fur et à mesure que les fragments sont itérés et complexifiés. En travaillant contre la
toile de fond du rythme constant et déchirant de la montre millénaire, son art ne cherche pas à sauver les choses du flux temporel, mais plutôt à accompagner ce qui mûri à temps, dans la vie ou dans la mort. Dans l'interstice entre les fractions du temps et les degrés de la température, l'artiste continue ainsi à tisser une toile fractale dans laquelle seul le temps nous dira quels motifs les fils arboreront.

BERNARD SCHÜTZE, AOUT 2012
Traduction Justine Rousseau

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OF TIME FROZEN AND UNFROZEN
’Death needs time for what it kills to grow in…’

WILLIAM S. BURROUGHS3

AN ERRANT JOURNEY

A horse and black rider advance and turn circles in a blizzard. Slowly moving into visibility, the couple seems to belong to an indeterminable period. Is this an errant rider of the apocalypse, a lost 20th century explorer, a future wanderer on a barren planet? No way to know, for these figures are fundamentally anachronistic, born of a time out of joint. The relentless snowfall blurs white on white forming a landscape without horizon. Shrouded in this boundless expanse the horseman has lost his bearings and has everywhere and nowhere to go. The horse’s and rider’s head armour offer no protection against the raging elements. Their only struggle is now for survival. Riding zigzags without direction they are pitted both against an unforgiving vastness and a devouring time. The time it will take to escape this open labyrinth of measureless space or the time they are granted before succumbing to the deadly cold. Guided by instinct the horse seeks survival in the moment, while reason still drives the horseman onward despite the dire circumstances. A glimmer of hope born of the capacity to foresee something beyond the immediate. With the imminent collapse of the horse and the rider’s continuing wanderings, the forceful alliance of man and beast is severed as they are abandoned to their separate fates. Each caught and frozen in a fraction of time. Fractions to mark one’s time, to battle on and live or to surrender to death’s devouring teeth. A vast expanse of white in which only minute variations and repetitions provide a foothold to move through this glacial spatiotemporal territory.

3 William S. Burroughs, Ah Pook is Here, and other texts, Riverrun Press, New York, 1982, p.26

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TIME’S SLIPPERY SURFACE

Isolated, an unusual chronometer : a black wristwatch consisting of a blank face and a single hand that will take a 1,000 years to complete one revolution. The incessant ticking of the watch leads one to assume that the timepiece is moving as it measures the indicated time frame with precision. A vertiginous temporal expanse in which the movement of the hand will have advanced approximately 4mm over an average human lifespan. One is here placed before abstract time, considered not as a material property but as the unconditioned condition underlying the emergence of any phenomena. Faceless, like the watch, time only becomes visible through the effects it imprints on its spatial masks, i.e. stasis/movement, growth/decay, order/chaos. Stripped of any perceptible movement, of any phenomenal effect, the watch presents time in an abstract and ungraspable manner: an icy black surface that stretches for millennia and which offers no grip for lived experience. The black watch induces a state that is echoed by Wittgenstein’s observation that: ‘We have got onto slippery ice where there is no friction and so in a certain sense the conditions are ideal, but also, just because of that, we are unable to walk. We want to walk so we need friction. Back to the rough ground!’ 4 In this case the slippery ice is the smooth, frictionless unfolding of an unconditioned time which does not provide traction for a conditioned event to emerge. It is within the span of this icy timeframe that various fractions provides enough friction for an event to take hold. The event arises out of time as an irreversible becoming that marks the difference between the past and future and provides a rough ground for a story to step into action. Though the event’s primal condition is time, along the way it is conditioned by other factors among which temperature is a principle player.

4 Ludwig Wittgenstein, Philosophical Investigations, part I, Blackwell Publishing, London, 1953, p.107

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SPIRALING FORWARD

In its course time gives birth to events that are irreversible, in which it is impossible to return to an initial state, to make a circular return to an ideal beginning. The arrow of time moves eternally forward as the dissipation of heat and energy effects its entropic work. Nevertheless, cycles return in a spiraling motion, always repeating yet always different. In an echo to the images of 77k, a live remix of Bach’s Goldberg Variations in which seven records slip into a fraction groove and skip on a different note of the introductory aria. An eighth record plays an insistent drone that underscores time as a persistent condition of emergence. The resulting music resonates with the horsemen’s relentless circling in the polar wasteland. A variation on the variations in which Bach’s music is subjected to a never‐before‐heard recombination and transformation. A sculptural object further accentuates the multifaceted temporality of this open ended accumulation of narrative threads. The horse’s black protective helmet on display anchors the filmic images in a palpable materiality and triggers conjectures as to the animal’s origins and destiny. Is this a unearthed relic of a past event, or the indicator of something that has yet to occur. While a suitcase bearing a set of variously coloured neon lights adds an enigmatic twist. What is the purpose of this object within the series?

Living colours to contrast the deadly arctic white? A signal from a time past that can not be reactivated? A hopeful beacon for a time to come? Here as elsewhere in Patrick Bernatchez’s extensive Lost in Time work in progress every element is open to multiple readings and needs to be considered as part of constantly evolving whole in which no single work can stand apart from the others. For the artist works according to a resolutely allegorical method in which various fragments are continuously reconfigured and juxtaposed over time without ever coalescing into an overarching and final work. In this project, as well as in his previous project cycle Chrysalides, both the process and the work are guided by a temporal unfolding in which meaning shifts constantly as the fragments are iterated and complexified. In working against the backdrop of the constant and harrowing rhythm of the millennial timepiece, his art does not seek to salvage things from a temporal flux, but rather to accompany that which grows ripe in time, both for life and death. In the interstice between time fractions and temperature degrees the artist thus continues to weave a fractal web in which only time will tell what patterns the threads will take. 

BERNARD SCHÜTZE, AUGUST 2012


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