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Paris

Galerie Patricia Dorfmann

Exhibition Detail
MASSACRE INNOCENT
61, rue de la Verrerie
75004 Paris
France


October 13th, 2012 - November 17th, 2012
Opening: 
October 13th, 2012 2:00 PM - 7:00 PM
 
, Baptiste DebombourgBaptiste Debombourg
© Courtesy of the artist and Galerie Patricia Dorfmann
> QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.patriciadorfmann.com
NEIGHBORHOOD:  
4th Arrondissement
EMAIL:  
patricia@patriciadorfmann.com
PHONE:  
+33 (0)1.42.77.55.41
OPEN HOURS:  
Wednesday - Saturday / 14h - 19h
TAGS:  
sculpture
> DESCRIPTION

Massacre Innocent est le titre choisi par Baptiste Debombourg pour son exposition à la galerie Patricia Dorfmann. En supprimant l’article et l’adverbe de l’épisode biblique, l’artiste s’éloigne à dessein du temps d’Hérode et de Jésus. La trinité de ce carnage n’a pas d’époque : le soldat aveugle, l’enfant piétiné et la mère tordue de douleur composent une tragédie sans âge ; une formule pathétique que Picasso remet en scène dans Guernica et dont les photographes de guerre actualisent chaque jour le cliché. La plasticité des formes, leur capacité à s’insérer dans des scénarios différents intéressent en premier lieu Baptiste Debombourg. Des tanks envahissent le premier plan de son Massacre « aggravé » sur fond de ruine contemporaine.

L’histoire de la gravure démontre qu’une image fonctionne par sa faculté d’expansion, d’adaptation et d’assimilation. Par sa recherche d’un langage efficace, Baptiste Debombourg vise à l’évidence une puissance de frappe. La lisibilité immédiate de ses figures, la plasticité spectaculaire de ses sculptures impacte celui qui les regarde. Théoricien de la « survivance des images », Aby Warburg constate que l’«image pathos » figure au rang des immortelles1. Notamment celle où, « l’effort agissant et la souffrance sont unis en un moment ultime2 ». Cette description du Laocoon par Goethe peut aussi s’appliquer au couple extrait d’un Enlèvement des Sabines de Jan Muller que Baptiste Debombourg a reproduit à grande échelle pour le Prix Meurice. De guerre (des sexes) il est encore question, comme d’une torsion des corps exprimant celle des âmes.

Plusieurs travaux de Baptiste Debombourg abordent le thème de la compétition et du  dépassement de soi3. En copiant les chefs d’oeuvres du passé, le graveur exposait son adresse et rivalisait avec les maîtres. Au XVIIIe siècle, le maître d’un atelier de dessin conseillait ainsi à ses élèves d’éviter dans la copie : « l’affectation, la négligence et la manière. » Il prévenait l’écueil
d’une interprétation outrée et rappelait la nécessité d’une distance respectueuse à tenir avec le modèle. Les aggravures de Baptiste Debombourg bousculent cette hiérarchie des valeurs. Elles tiennent à la fois du jeu de massacre et de la fétichisation du modèle. Leur surface formant des remous accroche la lumière et scintille. Dans la mesure où l’exercice n’est pas seulement de copie, mais de réappropriation d’un modèle, l’idée de compétition apparaît, non exempte d’une
agressivité masquée. C’est sans doute ainsi qu’il faut entendre l’ironie contenue dans le titre d’une série de dessins intitulée «Tradition Of Excellence». Leur structure architectonique, proche des forteresses militaires de Vauban, dresse les contours de mines anti-personnelles, menaces invisibles de mort.

La mise à distance permise par le procédé mécanique de l’aggravure semble faire écho au masque Césium dont la forme fractale éclate le reflet de qui se place en face. D’après Nietzsche, « le « je » n’est qu’un mot, un pur résultat de surface d’un conflit hiérarchique en profondeur4 ». Il ne peut donc qu’emprunter des masques divers pour s’exprimer librement. Baptiste Debombourg puise dans l’histoire de la gravure comme dans un répertoire de formes, en une approche postmoderne de citation, de libre construction d’un langage polyphonique : le ressemblant orchestre une stratégie de glissements et de masques. Ainsi du portrait de Cornelis Van Haarle gravé par Jan Muller que l’artiste transforme en une possible représentation de Dieu. L’oeil grave autour duquel la composition se concentre semble juger le massacre dont il est le témoin.

Prenant le relais de l’oeil, une aggravure de main esquisse un geste de dénonciation. Mais sa gestuelle évoque surtout celle de la main de Dieu représenté par Michel-Ange dans la Création d’Adam de la Chapelle Sixtine. « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa » lit-on dans la Genèse. Toute une théologie de l’image en découle, faisant de la ressemblance et de la conformité au modèle un symbole de subordination au bien. Chez Debombourg, le faire oscille entre restauration « sur mesure » et saccage lié à la démesure ; celle que les Grecs appelaient « hybris ». Le paradoxe d’un geste destructeur (de défiguration d’un objet ou d’une image) allié à celui de la réparation qualifie sa pratique de sculpteur. Visible dans la forme finale des oeuvres, cette contradiction les présente comme résultant d’une suite d’obstacles et de problèmes à résoudre. Il est donc toujours question de lutte et de victoire tentée. Ceci dit, la main patiente et mesurée de l’artisan est aussi présente dans ce rassemblement d’oeuvres. La référence à la pratique méticuleuse des graveurs y est constante et l’outil de réalisation des aggravures est un pistolet de tapissier. Le sac en plastique, réalisé avec David Marin, recouvert à la feuille d’or (significativement intitulé Marx) mobilise quant à lui une pratique artisanale on ne peut plus délicate et laborieuse. Et lorsque Baptiste Debombourg choisit d’indiquer le nombre d’heures de réalisation de ses pièces, c’est pour en valoriser le temps de travail. Tout est question de point de vue, la main qui massacre est aussi celle qui construit.

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“Massacre Innocent” [Innocent massacre] is the title chosen by Baptiste Debombourg for his exhibition at the Galerie Patricia Dorfmann. By suppressing the definite article and the preposition from the Bible episode, the artist deliberately distances himself from the time of Herod and Jesus. The trinity in this slaughter is timeless: the blind soldier, the trampled child, and the mother contorted with grief compose a tragedy belonging to no age; a pathetic formula that Picasso restages in Guernica and war photographers update daily as a commonplace occurrence. The plasticity of the forms and their capacity to be inserted into different scenarios are what primarily interests Baptiste Debombourg. Tanks invade the foreground of his “aggravated” Massacre against a background of contemporary ruins.

The history of engraving demonstrates that an image works through its capacity for expansion, adaptation and assimilation. In his search for an effective language, Baptiste Debombourg is obviously aiming to achieve striking force. The immediate legibility of his figures and the spectacular plasticity of his sculptures make an impact on those who look at them. Aby Warburg, a theorist of the “survival of images”, observes that the “pathos image” ranks as one of the immortal images1: in particular an image in which “effort and suffering are united at the same moment”. 2 Goethe’s description of the Laocoon can also be applied to the couple taken from a Rape of the Sabine Women by Jan Muller which Baptiste Debombourg has reproduced on a large scale for the Prix Meurice. It still has to do with war (between the sexes), as well as a twisting of the bodies expressing the twisting of the souls.

Several works by Baptiste Debombourg tackle the theme of competition and exceeding one’s own capacities.3 By copying masterpieces from the past the engraver exhibited his skill and vied with the masters. Thus in the 18th century the master of a drawing studio would advise his pupils to avoid “affectation, carelessness and mannerism” when copying, helping them to avoid the pitfall of an overstated interpretation, and reminding them of the need to keep at a respectful distance from the model. Baptiste Debombourg’s aggravures do not conform to this hierarchy of values. They convey both the process of slaughter and fetishization of the model. Their surface with its swirling shapes catches the light and sparkles. Insofar as the exercise involves not just copying, but reappropriating a model, the idea of competition emerges, not devoid of a masked aggressiveness. No doubt it is in this way that the irony contained in the title of a series of drawings called “Tradition Of Excellence” should be understood. Their architectonic structure, close to Vauban’s military fortresses, conjures up the contours of antipersonnel mines, invisible threats of death.

The distancing made possible by the mechanical aggravure process seems to echo the Césium mask, the fractal shape of which explodes the reflection of anyone standing opposite it. According to Nietzsche, “the ‘ego’ is just a word, a pure surface result of a deep hierarchical conflict”4 . Therefore it can do no more than borrow a variety of masks to express itself freely. Baptiste Debombourg draws on the history of engraving as on a repertory of forms, in a post-modern quotational approach involving the free construction of a polyphonic language: The likeness orchestrates a strategy of glides and masks. This is the case where the portrait by Cornelis Van Haarlem engraved by Jan Muller is concerned, which the artist transforms into a possible representation of God. The serious eye, which is the central focus of the composition, seems to be judging the slaughter it is witnessing.

Taking over from the eye, the aggravure of a hand sketches a gesture of denunciation. But its gesticulation evokes above all the hand of God depicted by Michelangelo in The Creation of Adam in the Sistine Chapel. “God created man in his own image, in the image of God created he him,” we read in the Book of Genesis. A whole theology of the image ensues from it, turning resemblance and conformity to the model into a symbol of subordination to good. In Debombourg, the technique oscillates between “made-to-measure” restoration and havoc associated with excess: what the Greeks called “hubris”. The paradox of a destructive gesture (defacing an object or an image) allied with a gesture of reparation characterizes his sculptural practice. That contradiction, visible in the final form of the works, presents them as resulting from a succession of obstacles and problems to be overcome. Therefore it is always a question of struggle and attempted victory. That being said, the patient, considered craftsman’s hand is also present in this collection of works. The reference to the painstaking practice of engravers is constant, and the tool used to make the aggravures is an upholstery staple gun. For its part, the plastic bag covered with gold leaf (pointedly entitled Marx), made with David Marin, deploys incredibly delicate and laborious craftsmanship. And when  Baptiste Debombourg chooses to tell us how many hours his pieces take to make, it is in order to upgrade the value of his working time. Everything is a question of point of view: the hand that massacres is also the hand that built.

1 Aby Warburg went so far as to attempt to draw up a “typology of pathos formulas”: “abduction”, “rape”, “combat”, “lamentation” and “crucifixion”
are among the “pathos images”.
2 J.W. Goethe as quoted by Georges Didi-Huberman, L’Image survivante, p. 208, Éditions de Minuit
3 Arc de Triomphe, 2001, Sculpture Vivante, 2002, Rangers, 2011 may be quoted – http://www.isaberg-rapid.com/
4 Sarah Kofmann, Explosion II, p. 211, Éditions Galilée, 1993


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