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Paris

La Maison Rouge

Exhibition Detail
La collection Giuliana et Tommaso Setari, retour à l’intime.
10 boulevard de la bastille
75012 Paris
France


October 20th, 2012 - January 13th, 2013
Opening: 
October 19th, 2012 6:00 PM - 9:00 PM
 
Rombi gialloargento, Carla AccardiCarla Accardi, Rombi gialloargento,
2001, Vinyle sur toile, diptyque, (2 éléments), Arch. n°730A, 160 x 220 cm
© Courtesy of the artist and La Maison Rouge
Casa di Lucrezio, Giulio PaoliniGiulio Paolini, Casa di Lucrezio,
1982, Moulages en plâtre (3 éléments), tissus, variables
© Courtesy of the artist and La Maison Rouge
Abstract Painting 449/2, Gerhard RichterGerhard Richter, Abstract Painting 449/2,
1979, Acrylique sur toile, 95 x 91 cm
© Courtesy of the artist and La Maison Rouge
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> ARTISTS
> QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.lamaisonrouge.org
NEIGHBORHOOD:  
12th Arrondissement
EMAIL:  
info@lamaisonrouge.org
PHONE:  
+33(0) 1 40 01 08 81
OPEN HOURS:  
Wed-Sun 11-7; Thu 11-9
TAGS:  
sculpture, photography
> DESCRIPTION

La maison rouge poursuit son cycle d’expositions de collections privées et présente à partir du 20 octobre, la collection Giuliana et Tommaso Setari.

Dans ce voyage à travers différentes attitudes, différentes manières de collectionner, que la maison rouge propose au public depuis 2004, cette neuvième collection est une étape hors des sentiers battus. Elle possède une identité forte: de format domestique et intimiste, la collection dévoile avant tout un état d’esprit vis-à-vis de l’art et des artistes, qui a séduit la maison rouge.

Très éloignés d’un certain milieu de l’art contemporain globalisé et spéculatif, les Setari ont depuis 1980 adopté un mode de vie fondé sur un engagement et sur le soutien régulier aux artistes dans leur travail. Ainsi, dans les années 1990, Giuliana Setari a soutenu le projet d’oeuvre d’art totale de l’artiste Vettor Pisani, le Virginia Art Theatrum, Musée de la Catastrophe, « maison philosophique » installée dans une carrière qu’elle a acquise pour lui en Toscane. Elle soutient également et participe activement à la vie de la fondation Pistoletto, Cittadellarte, dont elle est la Présidente depuis 1998.

Cet engagement auprès des artistes, entrepris il y a plus de trente ans de manière ponctuelle et informelle au gré des rencontres, a abouti, en 2001, à la mise en place d’une fondation privée à but non lucratif pour soutenir la jeune création, la Dena Foundation for Contemporary Art. Basée à Paris, la Fondation offre des bourses et des résidences pour artistes et conservateurs à Paris et New York, organise un Prix international, soutient des expositions et publications, et organise des événements.

C’est au début des années 2000 que la rencontre entre La maison rouge et les collectionneurs italiens a eu lieu, puisqu’ils avaient été invités à dévoiler le vestibule de leur appartement parisien, à la première exposition de la fondation en 2004, L’intime. Depuis, une complicité s’est développée ; elle se concrétise aujourd’hui par la présentation de la collection dans le cadre d’une exposition personnelle.

La collection des Setari raconte leur histoire : elle s’est constituée en écho à leurs divers lieux de résidence durant leur vie nomade : Bruxelles, New York, Rome, Capri, Milan et enfin Paris, où ils se sont installés au début des années 2000. Au cours de ces étapes successives de leur vie, la cohabitation avec les oeuvres dans leur espace privé et les liens avec les artistes sont devenus primordiaux dans leur existence.

Tout en étant internationale, la collection Setari se concentre sur des artistes italiens de la génération des années 1960 à 1980, en particulier Carla Accardi, Luciano Fabro, Michelangelo Pistoletto, Ettore Spalletti, Giulio Paolini, Alighiero Boetti, des artistes européens comme Thierry de Cordier, Günther Förg, Bertrand Lavier, Gerhard Richter et Franz West, ainsi que sur certaines figures de l’art américain comme Sol LeWitt. Ces artistes confirmés côtoient une plus jeune génération avec Elisabetta Benassi, Bruna Esposito, Paola Pivi, Grazia Toderi, Luca Vitone par exemple.

Parallèlement à la présentation de la collection Setari, La maison rouge donne carte blanche à la Dena Foundation, pour présenter la jeune scène italienne à travers une sélection de revues et d’associations d’artistes indépendantes, si essentielles dans l’animation de la scène artistique contemporaine de la péninsule, délaissée ces dernières années par les institutions publiques.

MONSIEUR ET MADAME E. [VESTIBULE]

Quand on entre chez Monsieur et Madame E , on est chez eux et on est ailleurs. Il y a des maisons qui sont des voyages. L’entrée de Monsieur et Madame E est magnifique. On y est bien. Drôle d’entrée parce que ce qui est en principe un lieu de passage donne envie d’y séjourner longuement. Elle contient des oeuvres d’artistes italiens contemporains. Beaucoup. La presque totalité, je crois. Les lumières, le coloris des murs aussi sont italiens. Cette entrée est un morceau d’Italie dans cette ville pas italienne. Cette lumière, ce n’est pas Rome, ni le Sud, pas la Sicile, plus la Toscane ; en même temps il y quelque chose à la fois de maritime et de l’air transparent des montagnes, les Alpes ? Non, je dirais les Apennins — les Marches, peutêtre ? Je suis enrhumé, je me demande si j’ai le nez rouge. Au mur, il y a un miroir, enfin, pas un miroir, un Pistoletto, une femme en sérigraphie sur un miroir, ou une surface qui fait miroir. Je n’ose pas me regarder dedans. Ce miroir est évidemment fait pour qu’on s’y reflète, derrière la femme en sérigraphie, mais pas, il me semble, pour s’y regarder. Ce ne serait pas bien. Le seul geste de s’y regarder transformerait instantanément ce miroir de Pistoletto en un miroir, un objet commun, un ready made assisté, du type de ceux dont parle Duchamp suggérant d’utiliser un Rembrandt en guise de planche à repasser. Je suis sûr que j’ai le nez rouge. Le couple qui habite ici a beaucoup voyagé. L’Italie, Paris, la Belgique— les Etats Unis ? — “Non, non, New York”. Non seulement ils portent avec eux un morceau d’Italie partout dans le monde, mais ils représentent l’art italien contemporain partout dans le monde. Il ne faut pas voir là un grave devoir qu’on leur aurait confié ; pour eux, le seul fait de collectionner implique une responsabilité, à l’égard non d’un pays, mais des artistes. C’est un trait constant chez les collectionneurs qu’acheter une oeuvre d’un artiste signifie pour eux prendre une responsabilité vis-à-vis de l’artiste. On est loin du cliché du collectionneur essentiellement inquiet de la cote d’un jeune artiste et du risque qu’il prend en lui achetant une oeuvre. Il y a dans l’acte de collectionner l’art contemporain une dimension profonde d’engagement vis-à-vis de l’art et des artistes. Madame E parle avec un accent qui m’enchante mais dont je n’arrive toujours pas à en situer l’origine — il a un peu la douceur de celui de Fellini — il venait de la côte Adriatique, non, Rimini ? Elle dit : « Nous avons beaucoup voyagé, mais à chaque fois c’est par l’art que nous nous sommes installés. Les oeuvres d’art sont nos vraies racines. Nous avons noué beaucoup de l iens amicaux, aussi avec des artistes. ” Il y a dans l’entrée, une vasque de verre de Luciano Fabro dans laquelle il y a de l’eau. Il doit y avoir de l’eau, à un certain niveau strictement défini. Le niveau de l’eau a baissé, on voit des traces blanches circulaires d’un dépôt calcaire sur le verre. “J’ai voyagé beaucoup ces derniers temps, alors… Je vous dirai quel est le niveau d’eau exact qu’il faut mettre, mais l’évaporation, ha, l’évaporation, c’est terrible.” Je demande si elle a essayé de mettre de l’eau de pluie — « Comment on fait pour l’attraper ? ». Il y a des oeuvres accrochées dans sa cuisine. Il est rare de voir des oeuvres dans une cuisine, d’autant que cette cuisine n’est manifestement pas une cuisine d’exposition. “J’aime beaucoup faire la cuisine.” Deux tasses à café pendent au plafond, suspendues par des serpentins métalliques noirs, comme accrochées par les volutes de fumées. “ Une artiste napolitaine.” Dans un coin il y a une grande photo de Sophie Calle posée contre le mur. “C’est la seule chose qui n’est pas à sa place dans cette cuisine. Mon fils l’a mise là. Vous comprenez, elle était dans sa chambre, mais il n’arrivait pas à dormir avec ça dans sa chambre, alors il l’a mise là.” C’est une grande photographie en noir et blanc d’une pierre tombale, il y est écrit, gravé : « Maman ». “Sophie Calle lui a dit : si ça vous empêche de dormir, vous n’avez qu’à la mettre sous votre lit.” » Madame E rit. Elle me demande: “Vous voulez voir des images de ma ville natale ?”

Extrait du catalogue de l’exposition L’intime, texte de Gérard Wajcman,
Fage éditions, 2004, p.93, 94


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