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Paris

Galerie Eva Hober

Exhibition Detail
Les nuits de Psyché
35 - 37, rue Chapon
75003 Paris
France


October 11th, 2012 - November 17th, 2012
Opening: 
October 11th, 2012 6:00 PM - 9:00 PM
 
, Katia BourdarelKatia Bourdarel
© Courtesy of the artst and Galerie Eva Hober
> QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.evahober.com
NEIGHBORHOOD:  
3rd Arrondissement
EMAIL:  
galerie@evahober.com
PHONE:  
+ 33 (0) 6 25 48 02 12
OPEN HOURS:  
Tue - Sat 11-7pm
> DESCRIPTION

L’exigence circulaire… Cette exigence mise en scène, exposée, libérée, révélée ; exigence qui veut que l’être se déploie dans une oscillation tournant en cercle, mouvement qui va du plus intérieur au plus extérieur, de l’intériorité non développée à l’extériorisation qui aliène. Maurice Blanchot a sans doute été l’un des premiers à identifier clairement cette tournure de l’esprit avant de préciser « … aliénation qui s’extériorise jusqu’à la plénitude accomplie et réintériorisée. Mouvement sans fin et cependant toujours achevé ». Il y a effectivement ce vertige dans les œuvres de Katia Bourdarel, une sorte de mise sous tension qui au-delà des figures, au-delà même de ce qui est à voir, ouvre sur l’insondable relation que chacun entretient avec le réel. Question essentielle, massive, sans doute la seule qui vaille aujourd’hui la peine d’être posée. De ce rapport à soi qui découvre l’insondable difficulté à retranscrire ce que nous donne le monde et ce que lui donnons en retour surgit l’étrange conviction qu’il y a dans cet acte quelque chose qui se perd et s’altère. D’où chez cette artiste la volonté de travailler à partir de son environnement le plus immédiat, de son expérience de femme et aussi de mère. Il ne faudrait pas pour autant percevoir cette pratique artistique sous l’angle facile d’une position féministe voire d’une revendication sociale. Ce serait même l’inverse. Chez Katia Bourdarel, ce besoin de parler d’elle et du monde est implicite, presque caché, dissimulé, s’incarnant dans quelques thèmes qui sont autant de voiles qu’il convient de soulever avec précaution. Finalement, toute l’œuvre de cette artiste secrète lutte contre notre univers, contre l’abandon de tous à la férocité sans limite d’un libéralisme outrancier qui n’a pour but que de transformer nos rêves en besoins dûment quantifiés. Katia Bourdarel prend donc acte de cette résignation euphorisée qui est l’apanage de nos civilisations et la retourne, l’inverse, démontrant par la même occasion qu’il est encore possible de ré-enchanter notre monde.

Dans l’exposition Les nuits de Psyché, présentée à la galerie Eva Hober, à Paris, en 2012, il est donc question de Psyché et Éros. On se souvient combien,  dans l’épisode de la mythologie grecque, Psyché symbolise l’âme humaine en quête d’une forme d’absolu : l’amour. Mais derrière l’absolu se cachent aussi d’autres forces, plus sombres, plus terribles. L’histoire de Psyché et d’Éros est avant tout l’histoire d’une mise à l’épreuve, d’une suite ininterrompue de blessures faites à l’âme, d’égarements, d’errances, d’impossibilités à voir l’autre, à le comprendre, à l’accepter dans son irréductible singularité. Bien des épisodes restent sous le sceau d’une violence visible dans l’asservissement des personnages par leurs proches et leurs ennemis. Il faut donc l’intervention des dieux pour dénouer les fils de ces destins tragiques. Depuis la Renaissance, les artistes ont usé de ce thème non seulement pour chanter les vertus de l’amour mais aussi pour exposer les sombres ressorts de la nature humaine. Des fresques de Raphaël à la villa Farnesina de Rome (1513) en passant par Le Caravage (Psyché reçue dans l’Olympe, 1524), Boucher (Mariage de Psyché et l’amour, 1744), ou même Fragonard (Psyché montrant à ses sœurs les cadeaux de Cupidon, 1753), tous ont évidemment insisté sur le caractère sensuel de la rencontre, affirmant combien un tel thème permettait, à défaut d’exposer les ressorts de l’âme humaine, de mettre à nu les secrets du corps féminin. Mais au-delà d’un érotisme magnifié et trop souvent factice (notamment chez Bouguereau avec son Enlèvement de Psyché de 1895), Psyché et Éros libèrent des forces terribles qui vont constituer le terreau d’une forme de mélancolie. C’est évidemment de ce côté-là que se situent les ?uvres de Katia Bourdarel. En puisant son inspiration chez Antonio Canova dont le Psyché ranimée par le baiser de l’Amour (1793) et L’Amour et Psyché (vers 1793) constituent un summum de l’art classique, Katia Bourdarel amplifie une tension entre ce qui est porté à la visibilité – deux corps amoureux – et ce qui demeure caché mais n’en est pas moins le sujet principal de l’exposition même si, sur un mode faussement détaché, elle n’hésite pas à affirmer : « La plupart du temps, mon travail commence par une vague intuition nourrie par des restes de connaissances du mythe ou du conte. C’est après cette première envie que je me documente. La narration est un prétexte à la forme et à la matière, et c’est peut-être aussi une sorte de filtre, un moyen de cacher ou de légitimer mes interrogations derrière la permanence du mythe. C’est la petite histoire qui côtoie la grande histoire. Ce qui demeure le plus important, ce sont les sentiments vécus ou sublimés, et par conséquent les errances poétiques davantage que les connaissances. »

Damien Sausset - Extrait du catalogue monographique de Katia Bourdarel "Les larmes lourdes", 2012.
Damien Sausset est directeur du centre d'art Transpalette à Bourges et critique d'art.

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The circular demand… The staged demand, exposed, liberated and revealed; it is a demand that requires the being to spread out in an oscillation that is turning around, a movement that goes from the innermost to the outermost, from nondeveloped inwardness to alienating acting-out. Maurice Blanchot was probably one of the first who clearly identified this turn of mind before adding “… alienation that acts out until it reaches a fulfilled and re-internalized fullness. A movement that is endless yet accomplished ”. There is indeed this dizziness in Katia Bourdarel’s works, a sort of reenergizing that, beyond figures, beyond what there is to see, opens onto the unfathomable relation that each and every one of us maintains with reality. It is an essential and paramount question, probably the only one today worth being asked. This relation to oneself unveils the unfathomable difficulty to transcribe again what the world gives us, and what we give to it in return; from this relation springs the strange conviction that there is in this act something that gets lost and
that fades. Hence the artist’s will to work using inspiration from her immediate environment, her experience as a woman and also as a mother. However, this artistic way of doing things should not be seen through the easy prism of feminism or even a social protest. It would actually be the contrary. Katia Bourdarel’s need to tell us about herself and the world is implicit, almost hidden, concealed, and embodied in a few themes that are as many veils that should be lifted carefully. Actually, the entire work of this secretive artist fights our world. It fights everyone giving in to the endless ferocity of an outrageous liberalism which sole aim is to transform our dreams into duly quantified needs. Katia Bourdarel bears in mind this stimulated resignation that is the privilege of our civilizations, and turns it over and inside out, proving at the same time that it is still possible to re-enchant our world.

The exhibition Psyche’s Nights at galerie Eva Hober in Paris, in 2012, is therefore about Psyche ans Eros.. Let us remember how Psyche, in Greek mythology, embodies the human soul searching a form of absolute that is love. But there are darker, and more terrible forces hiding behind the notion of absolute. The story of Psyche and Eros is above all the story of being put to the test, of a series of uninterrupted wounds to the soul, of confusion, of impossibilities to see and understand the other, and accept them and their implacable singularity. Many episodes remain marked by visible violence in the way that their characters are enslaved by their family and friends, and enemies. The gods’ intervention is therefore needed to detangle the threads of these tragic destinies. Since the Renaissance, artists have used this theme to not only sing the praises of love, but also to expose the dark resorts of human nature. From Raphael’s frescoes in Rome’s Villa Farnesina to Caravaggio (Psyche Received Into Olympus, 1524), Boucher (Marriage of Psyche and Eros, 1744), or even Fragonard (Psyche showing her Sister her Gifts from Cupid, 1753), all of them obviously insisted on the sensual aspect of the encounter, insisting on how much such a theme allowed to expose the secrets of the feminine body, if not the resorts of the human soul. But beyond the eroticism that is both idealized and too often simulated (especially in Bouguereau’s The Abduction of Psyche, 1895), Psyche and Eros release terrible forces that will make up the hotbed of a form of melancholy, which of course, is where Katia Bourdarel’s works tend to go. By drawing her inspiration from Antonio Canova whose Psyche Revived by Cupid’s Kiss (1793) and Love and Psyche (circa 1793) represent a height of classical art, Katia Bourdarel amplifies a tension between what is brought to sight – two bodies in love- and what remains concealed but is nonetheless the main subject of the exhibition, even if, using a falsely detached tone, she does not hesitate to declare : “ Most of the time, my work starts with a vague intuition fed by remnants of knowledge of the myth or the tale. I start researching after that first trigger. The narrative is an excuse for form and matter, and it may also be a sort of filter, a way to conceal or legitimate my questioning behind the permanence of the myth. It is the little story next to the big story. The feelings, either experienced or enhanced, is what remains paramount, therefore the poetical wanderings are more important than knowledge. ”

The circular demand
By Damien Sausset


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