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Paris

Kamel Mennour

Exhibition Detail
Est-il possible d’être révolutionnaire et d’aimer les fleurs ?
47, rue Saint-André des arts
75006 Paris
France


September 6th, 2012 - October 6th, 2012
Opening: 
September 6th, 2012 7:00 PM - 9:30 PM
 
Est-il possible d’être révolutionnaire et d’aimer les fleurs ? (L’entretien infini)   , Camille HenrotCamille Henrot,
Est-il possible d’être révolutionnaire et d’aimer les fleurs ? (L’entretien infini) ,
Liatris sec, choux de décoration, pétales de roses et tuyau en plastique, variables
© Courtesy of the artist and Kamel Mennour
> QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.kamelmennour.fr/
NEIGHBORHOOD:  
6th Arrondissement
EMAIL:  
galerie@kamelmennour.com
PHONE:  
+33 1 56 24 03 63
OPEN HOURS:  
Tue - Sat 11am-7pm
TAGS:  
mixed-media
> DESCRIPTION

Kamel Mennour is pleased to present Camille Henrot’s second solo exhibition at the gallery.

Bouquets carrying the names of books, an ideal library as an artificial garden… what lies behind such an incongruous juxtaposition? This space through which we walk, as though in a library, radically problematizes the relationship of books to flowers through its thorny title: ‘Is it possible to be a revolutionary and love flowers?’ With the third part of this equation, we get to the heart of the work. Camille Henrot cites Marcel Liebman’s account of one of Lenin’s colleagues saying, “You start by loving flowers and soon you want to live like a landowner, who, stretched out lazily in a hammock, in the midst of his magnificent garden, reads French novels and is waited on by obsequious footmen.”1

The love of flowers would appear to be a slippery slope towards the practice of something no less counter-revolutionary: literature. Just as the freshness of flowers revives the colour of a dead body, literature soothes our troubles. Must we, in fact, choose between revolution and consolation? Translating her books into flowers in a single gesture, Camille Henrot perpetuates, in her own way, the Japanese art of the bouquet, where the arrangement of flowers is supposed to reflect the state of mind of the person who creates it. From April 2011 to April 2013, Camille Henrot decided to make nothing but ikebana based on her personal library, thereby giving her books a purely material existence, a return to their primal element: the vegetal.

Her practice of ikebana is linked to the idea of ‘art as autotransformation,’ as imagined by John Cage in a book (How to Improve the World (You Will Only Make Matters Worse)) which is here embodied in a single organic endigia planted on a kenzan, the traditional tool used in Japanese ikebana, which oddly echoes one of Cage’s recurring preoccupations cited by the artist: “days spent searching for non-synthetic food.” Like a book, the ikebana concentrates in one object the entirety of a thought, brings together disparate fragments, and reconciles opposites in a whole of global dimensions. If, as Jean-Christophe Bailly wrote in Le propre du langage, the library is a polyphony, the environment of ikebana becomes a cosmogony where heterogeneous thoughts form a harmonious whole based on the principle of the bouquet itself – an assemblage of uprooted elements, cut off from their context and brought together in synthetic unity. Whether they play on taxonomy, their ‘palimpsestic’ power, the vulgarisation of the language of flowers or the history of their origins, the mysterious forces that come together to create the bouquet practice an ultra-lucid language. In reinterpreting the ancestral art of the bouquet, Camille Henrot literally sweeps away the rigid hierarchy between the sensory and the intellectual arts, situating the practice in both cyclical time (natural time) and historical time (revolutionary time). “In my view, the thoughts produced by literature, philosophy or anthropology form an integral part of daily life; in a way, they are also ‘decorative objects,’ displayed here to create a stimulating and calming environment,” she explains. In this sense, she perpetuates her perspective by placing herself in an ahistorical vision of time and by reintegrating rationality into all human behaviour. 

In this literature transcribed into flowers, spirit and substance give birth to one another. Just as values are embodied in natural things, supposedly innocuous flowers take on the aura of powerful and destructive weapons in the hands of the artist. Camille Henrot puts in place a lapidary language whose phrasing liberates. Now we understand why revolutions appropriate the names of flowers: the Carnation Revolution in Portugal, the Hundred Flowers Campaign in China, the Rose Revolution in Georgia, that of the Tulip in Kirgizstan, Saffron in Burma, and Jasmine in Tunisia. In reality, these ikebana lead us to the heart of a principal of resistance violently opposed to all forms of power and authority: the pleasure principal.

Camille Moulonguet, July 2012
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1
Marcel Liebman, extract from Leninism under Lenin, the Conquest of Power, 1973 


Kamel Mennour est heureux de présenter la seconde exposition personnelle de Camille Henrot à la galerie.

Des bouquets aux noms de livres, une bibliothèque idéale comme un jardin artificiel… que justifie ce rapprochement incongru ? Cet espace, dans lequel on déambule comme on le ferait dans une bibliothèque, problématise radicalement le rapport du livre aux fleurs par son titre piquant : « Est-il possible d’être révolutionnaire et d’aimer les fleurs ? » Avec ce troisième terme de l’équation, on entre dans le vif de l’œuvre. Camille Henrot cite Marcel Liebman qui rapporte les propos d’un collaborateur de Lénine : « On commence par aimer les fleurs et bientôt l’envie vous prend de vivre comme un propriétaire foncier, paresseusement étendu dans un hamac et qui au milieu de son magnifique jardin lit des romans français et se fait servir par des valets obséquieux. »1

L’amour des fleurs serait un terrain glissant vers une pratique non moins antirévolutionnaire, celle de la littérature. Et comme la fraîcheur des fleurs ravive les couleurs d’un cadavre, la littérature panse nos peines. Entre révolution et consolation, faut-il choisir ? Camille Henrot, en traduisant d’un trait ses livres en fleurs, perpétue singulièrement la pratique japonaise du bouquet dont l’assemblage des fleurs doit refléter l’état d’esprit de celui qui le réalise. D’avril 2011 à avril 2013, Camille Henrot a décidé de faire exclusivement des ikebana de sa bibliothèque et rendre ainsi à ses livres une existence purement matérielle, un retour à leur élément primitif, le végétal. Sa pratique de l'ikebana rejoint l'idée de « l'art comme autotransformation » telle que l'a imaginé John Cage (Comment rendre le monde meilleur (on ne fait qu’aggraver les choses)), un livre qui ici s'incarne dans une unique endigia biologique plantée sur un kenzan, l'outil traditionnel de l'ikebana japonais qui fait singulièrement écho à l’une des préoccupations récurrentes de Cage citée par l'artiste : « jours passés à chercher des aliments non synthétiques ».

Ainsi l’ikebana, comme le livre, concentre en un objet l'ensemble d'une pensée, rassemble des fragments disparates, réconcilie les opposés en un tout dont la dimension est globale. Si comme l'écrit Jean-Christophe Bailly, dans Le propre du langage, la bibliothèque est une polyphonie, l'environnement d'ikebana devient une cosmogonie où des pensées hétérogènes forment un tout harmonieux, sur le principe du bouquet lui-même, assemblage d'éléments déracinés, coupés de leurs contextes et réunis en un tout synthétique. Qu'elles jouent sur la taxinomie, leur pouvoir « palimpsestique », la vulgarisation du langage des fleurs ou l'histoire de leurs origines, les forces mystérieuses qui agissent en vue de la réalisation du bouquet tracent un langage ultralucide. En reprenant cet art du bouquet ancestral Camille Henrot balaie littéralement la hiérarchie rigide entre les arts sensoriels et les arts intellectuels, ce qui s'inscrit dans le temps cyclique (celui de la nature) et dans le temps historique (celui de la révolution). « A mon sens les pensées produites par la littérature, la philosophie ou l’anthropologie font partie intégrante du quotidien, elles sont aussi d’une certaine manière « des objets décoratifs », étant entendu ici qu’elles créent un environnement stimulant et apaisant », explique-t-elle. En ce sens, elle perpétue sa perspective de travail en se plaçant dans une vision anhistorique du temps et en réintégrant la rationalité dans l'ensemble des comportements humains.

Dans cette littérature transcrite en fleurs l’esprit et la matière s’engendrent l’un l’autre. Et comme les valeurs s’incarnent dans les choses naturelles, les fleurs réputées inoffensives prennent l’aura d’une arme puissante et dévastatrice dans les mains de l’artiste. Camille Henrot met en place un langage lapidaire dont le phrasé est libérateur. On comprend alors pourquoi les révolutions s’approprient des noms de fleurs, la révolution portugaise des œillets, la campagne des cent fleurs en Chine, la révolution des roses en Géorgie, des tulipes au Kirghizistan, de safran en Birmanie, de jasmin en Tunisie. En réalité, avec ces ikebana on entre au cœur d'un principe de résistance violemment opposé à toute forme de pouvoir et d'autorité : le principe du plaisir.

Camille Moulonguet, juillet 2012 
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1
Marcel Liebman, Extrait de Le léninisme sous Lénine, la conquête du pouvoir, 1973.


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