Chicago | Los Angeles | Miami | New York | San Francisco | Santa Fe
Amsterdam | Berlin | Brussels | London | Paris | São Paulo | Toronto | China | India | Worldwide
 
Paris

Galerie Michel Rein

Exhibition Detail
Le goût du mercure
42 rue de Turenne
75003 Paris
France


September 8th, 2012 - October 6th, 2012
Opening: 
September 8th, 2012 6:00 PM - 8:00 PM
 
, Elisa PôneElisa Pône
© Courtesy of the artist and Galerie Michel Rein
, Elisa PôneElisa Pône
© Courtesy of the artist and Galerie Michel Rein
< || >
> QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.michelrein.com
NEIGHBORHOOD:  
3rd Arrondissement
EMAIL:  
galerie@michelrein.com
PHONE:  
+33 (0) 42.72.68.13
OPEN HOURS:  
Tue - Sat 11am-7pm
TAGS:  
collages, video trilogy
> DESCRIPTION

Galerie Michel Rein is pleased to present Elisa Pône's second exhibition at the gallery, which brings together recent works such as the video trilogy À la fuite along with new productions.

The more spectacular the celebration for a festival or public holiday, the more vain  it can seem. Elisa Pône's fireworks are set off in inadvisable place - under a bridge or in a car - and evoke a sort of disappointing wonder, which upsets because the risk and gratuity of such a brief yet excessive spectacle. It's the bitter beauty of a moment in time which the pyrotechnists have sent up in smoke.  The film La Couleur ne brûle pas  and the diptychs Indeterminate activity and resultant masses confronts these pyrotechnical exuberances. The former shows the red and green glow of a maltese wheel, made and tested in the night in collaboration with Stephane Thidet: turning on themselves, the eight arrows of the structure consume fires which are themselves burnt onto the super eight film. The colour is taken in by the film. The second work associates images of multiple sources, two by two, linking the strange attraction of a disaster with fun and entertainment, bringing together images of fires and pyrotechnics. Separated by the cut of the collages and sliced by the crack in the glass of the frame, the pieces come together at the point of the fracture. 

One is never too old to enjoy the various shades of idleness. In the three films of à la fuite, boredom threatens youth as much as it  wears down the old. Created as a tryptic, the work shows a young woman, an old man and two teenagers, without evoking the hackneyed succession of the three states of life. What is in question is the idea of running away rather than that of following on; the three films are shown simultaneously or at random. It remains to determine if by running away we can understand escaping - these people are certainly following a movement - or flux - the flow of time is slipping away from them. Sat in a moving car, the girl lets her cigarette be consumed by the open window, hastening its consumption by the fanning of the air (A Cigarette With God). Without an apparent purpose, the man hikes across the Irish landscape, obeying an erratic path with an unfounded anxiety (Le Meneur de Lune). Finally, driving two on a scooter, the teenagers improvise some acrobatic horse play (Fermer les yeux, sauver sa peau). If the cigarette held by a single continuous shot resembles an hour glass of linear time, the swaying of the scooter captured by a number of cut shots and missing shots would translate rather as a "dislodged" temporality, buckling like an unhinged wheel.  The growing discontinuity in the three edits follows the mounting of a mute impatience in the face of tireless ennui. A boring wearing down which plays emptiness at its own game, by escaping into ones own ideas. The difficulties of concentration testifies to a form of asthenia, a sad mix of intellectual fatigue and of a lazy memory. The symptoms of this apathy sometimes make one think of the intoxication of mercury of which the exhibition's title suggests an ingestion. But Le goût du mercure can also evoke the passive poisoning of an addiction to amnesia which mercury procures. In his poem Le gout du néant, Baudelaire implores that the avalanche of time carry him away as his "dark sullen heart" has lost the taste for love and for arguing. The poet conveys a mercurial temperament - fickle, nervous and melancholic. The recent works by Elisa Pône are made of an explosive foliation of glass panels smeared with streaks of black and mercury, which have been the object of abrasions and impacts on multiple layers. The stratified structure demonstrates a layered memory which is in part crystalized, part absent.

                                                                            Hélène Meisel, septembre 2012


********
La galerie Michel Rein est heureuse de présenter la deuxième exposition personnelle d’Elisa Pône réunissant des oeuvres récentes dont à la fuite, une trilogie vidéographique.
Certaines fêtes semblent d’autant plus vaines qu’elles sont grandioses. Aussi, des feux d’artifices qu’Elisa Pône tire parfois dans des endroits contre-indiqués sous un pont ou dans une voiture, il ressort souvent un  émerveillement contrarié, dépité par le risque et la gratuité d’un spectacle bref et démesuré. La beauté amère d’un temps que les artificiers font partir en fumée. Le film la couleur ne brûle pas et les diptyques d’Indeterminate Activity and Resultant Masses rendent compte de ces exubérances pyrotechniques. Le premier enregistre les incandescences rouges et vertes d’une roue maltaise, fabriquée et testée nuitamment en collaboration avec Stéphane Thidet : censées tourner sur elles-mêmes, les huit flèches de la structure consument des feux qui brûlent à leur tour la pellicule super 8. La couleur est prise dans le film. La seconde oeuvre associe deux par deux des images aux sources multiples, joignant l’attraction du désastre à celle de l’amusement, en rapprochant vues d’incendies et réclames pyrotechniques. Hachés par la découpe des collages et sabrés par la brisure du verre d’encadrement, les pendants s’assemblent dans la fracture.
Il n’y a pas d’âge pour goûter aux ombrages du désoeuvrement. Dans les trois films d’à la fuite, l’ennui guette la jeunesse autant qu’il éreinte les vieux jours. Conçue en triptyque, l’oeuvre montre une jeune femme, un vieil homme et deux adolescents, sans évoquer la succession éculée des trois âges. Car c’est de fuite et non de suite dont il est question ; les trois films ont d’ailleurs déjà été montrés en mode simultané et aléatoire. Reste à déterminer si par fuite il faut entendre fugue – les trois personnages suivent certes un mouvement – ou flux – l’écoulement du temps leur échappe néanmoins. Assise dans une voiture en marche, la fille laisse se consumer sa cigarette
par la vitre ouverte, hâtant sa consumation par l’attisement de l’air (A Cigarette With God). Sans but apparent, l’homme sillonne la lande irlandaise, obéissant au parcours erratique d’une inquiétude sans objet (le meneur de lune). Enfin, à deux sur un scooter, les jeunes improvisent une voltige chahutée (fermer les yeux, sauver sa peau). Si la cigarette saisie par un plan séquence continu semble le sablier d’un temps linéaire, le tangage du deux-roues capturé par une alternance de plans coupés et de plans manquants traduirait plutôt une temporalité « déboîtée », voilée comme une roue désaxée. La discontinuité croissante des trois montages suit la montée d’une impatience muette face à l’increvable ennui, une usure lasse qui prend le néant à son propre jeu : de la fuite dans les idées.
Des difficultés à concentrer son attention et ses idées témoignent d’une forme d’asthénie, triste mélange de fatigue intellectuelle et de mémoire paresseuse. Les symptômes de cette apathie trahissent parfois une intoxication au mercure, dont le titre de l’exposition suggère justement l’ingestion. Mais Le goût du mercure peut tout aussi bien évoquer l’empoisonnement passif qu’une accoutumance à l’amnésie que le vif-argent procure. Dans son poème Le goût du néant, Baudelaire implore bien que l’avalanche du temps l’emporte dans sa chute, car son « coeur sombre et boudeur » a perdu le goût de l’amour et de la dispute. Le poète souscrit au  tempérament mercurien, changeant, nerveux et mélancolique. Les pièces récentes d’Elisa Pône, faites d’un feuilletage explosif de plaques de verre entrelardées de mèche noire et de mercure, ont fait l’objet d’abrasions, d’impacts et de forages multiples. Leur structure stratifiée témoigne d’une mémoire étagée qui s’est en partie cristallisée, en partie absentée.
Hélène Meisel, juillet 2012

Copyright © 2006-2013 by ArtSlant, Inc. All images and content remain the © of their rightful owners.