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Paris

Centre culturel suisse de Paris

Exhibition Detail
Météorologies mentales
32-38, rue des Francs-Bourgeois
75003 Paris
France


May 12th, 2012 - July 15th, 2012
Opening: 
May 12th, 2012 5:00 PM - 9:00 PM
 
Todesreiter Serie II, Jean-Frédéric SchnyderJean-Frédéric Schnyder, Todesreiter Serie II,
1977
© Courtesy of the artist and Centre culturel suisse de Paris
> ARTISTS
> QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.ccsparis.com
NEIGHBORHOOD:  
3rd Arrondissement
EMAIL:  
ccs@ccsparis.com
PHONE:  
01 42 71 95 67
OPEN HOURS:  
Tuesday to Sunday: 1 pm - 7 pm
TAGS:  
photography, rare books
> DESCRIPTION

Ian Anüll, Bertram, Louise Bourgeois, Anton Bruhin, Joe Coleman, William N. Copley, Andreas Dobler, Marc-Antoine Fehr, Peter Fischli, David Weiss, Agnes Fuchs, Sergio Galli, Johannes Geuer, H.R. Giger, Max Grüter, Alex Hanimann, Arno Hölzel, Manfred Hölzel, Dorothy Iannone, Martin Kippenberger & Albert Oehlen, Fred Engelbert Knecht, Friedrich Kuhn, Nanne Meyer, Ann Noël, Walter Pfeiffer, Sigmar Polke, Markus Raetz, Ugo Rondinone, Dieter Roth, Hans Schärer, Klaudia Schifferle, Jean-Frédéric Schnyder, Martin Senn, Louis Soutter, Hugo Suter, André Thomkins, Timmermahn, Peter Volkart, Tom Wasmuth, David Weiss, Emmett Williams et Andreas Züst.

Andreas Züst (1947-2000) était collectionneur, bibliophile, mécène, météorologiste, photographe, peintre, créature de la nuit, éditeur, producteur de films... Züst enregistrait tout ce qui l’intéressait et ce tout composait sa vie. Cette qualité remarquable est visible dans sa collection, qui de manière unique, a capturé exactement l’esprit et le mode de vie des années 80-90. Les 1 500 oeuvres de sa collection reflètent non seulement les intérêts variés de Züst mais également son sens de l’absurde et sa curiosité. En 2009, cinq ans après que la collection ait fait l’objet d’un dépôt au Aargauer Kunsthaus, le musée a présenté une rétrospective importante intitulée « Memorizer –Der Sammler Andreas Züst ».

L’exposition du CCS, en plus de regrouper une large sélection d’oeuvres réalisées principalement entre 1960 et 2000, a pris parti de montrer cette collection dans sa pluralité, elle présente aussi un choix de portraits photographiques de la scène zurichoise tirés de la série Bekannte / Unbekannte - où l’on retrouve la quasi totalité des artistes de l’entourage de Züst mais aussi des zürichois anonymes ou pas - et enfin un ensemble de livres rares.

Livres de la collection Andreas Züst

La cohabitation d’oeuvres et de livres permet d’observer certains aspects de l’enchevêtrement très personnel des passions d’Andreas Züst. Les 12’000 ouvrages de sa bibliothèque universaliste recèlent des trésors parmi lesquels des atlas du ciel du XIXe siècle, un incroyable portfolio de H.R. Giger pour les 700 ans de la Suisse ou encore des publications de culture populaire. Les livres concernant l’art et l’histoire de l’art côtoient des ouvrages consacrés à des domaines tels que la météorologie, la géologie, l’astronomie, la physique, la botanique, l’anthropologie, la littérature, la musique, le kitsch, les ovnis ou encore les Hell’s Angels. Depuis 2010, la bibliothèque est accessible au public dans le bâtiment culturel et hôtel Alpenhof, à St-Anton/Oberreg dans le canton d’Appenzell en Suisse orientale.

Remerciements à Mara Züst, au Aargauer Kunsthaus Aarau où est déposée la collection Züst et à la Galerie Marlene Frei, Zurich.

Le travail de Louis Soutter est également visible à la Maison rouge, du 21 juin au 23 septembre, à l’occasion de l’exposition monographique qui lui est consacrée, intitulée «Le tremblement de la modernité».

Traces d’une chronique de vie

La collection d'Andreas Züst souffre d'un paradoxe qui se résume en la qualité et la quantité de cette collection considéré comme l'une des plus riches au monde, mais dont la visibilité reste trop rare. Le CCS accueille pour la première fois en France une partie de la collection du touche à tout de génie qu'était Andreas Züst.

Andreas Züst (1947-2000) était collectionneur, naturaliste, artiste, mécène et éditeur. L’écrivain Thomas Kling l’appelait faiseur de mémoire. Ceci en allusion à la notion bien connue des ethnologues de « memorizer »: celui qui garde en mémoire l’histoire du clan. Kling a compris qu’Andreas Züst avait fait sienne cette tâche, en ne s’intéressant non seulement aux oeuvres d’art, mais aussi aux hommes et aux histoires derrière les objets, peintures, dessins, esquisses et photographies. Depuis la fin des années 1970 jusqu’à sa mort en 2000, Züst documentait, dans sa collection et dans sa photographie, la scène culturelle et artistique zurichoise dans ses larges ramifications, sans se soucier des frontières entre culture cultivée, contre-culture et culture populaire. Comme « faiseur de mémoire », il fixait tout ce que son oeil averti captait et donnait sens à sa vie.

A sa mort, sa collection composée de plus de mille cinq cents oeuvres, est entrée au Musée Aargauer Kunsthaus comme dépôt de longue durée. En 2009, elle a été présentée au public pour la première fois et a fait l’objet d’un important catalogue. L’exposition et le livre dessinaient une mosaïque dont Andreas Züst lui-même avait réuni et collecté les pièces. Il en résultait un ensemble haut en couleurs – y compris celle de l’époque que Züst avait vécu, s’adonnant à ses diverses passions et les entrelaçant entre elles. Il ne faisait de mystère pour personne que l’exposition d’Aarau constituait un premier pas et que la collection d’Andreas Züst, avec ses innombrables références et renvois, recelait mille et un autres récits et suffisamment de potentiel pour de nouvelles et différentes approches.

L’une de ces occasions se présente actuellement au CCS de Paris – avec une distance temporelle et spatiale plus grande par rapport à Andreas Züst et à son environnement. D’autres points forts de la collection, guère visibles lors de l’exposition argovienne, pourraient faire émerger de nouvelles connaissances, notamment la bibliothèque volumineuse qui comprend douze milles titres et que Züst, bibliophile et digne héritier de sa famille, avait constituée au cours des années avec une compétence grandissante et une curiosité insatiable. Les sujets de ce cosmos livresque sont aussi nombreux que l’étaient ses intérêts : littérature de voyage, romans, livres d’art, ouvrages scientifiques sur la météorologie et la glaciologie, mais aussi sur les OVNI et les drogues. La collection initiale comprenait également une immense collection de vinyles, témoignage de la passion d’Andreas Züst pour la culture populaire et la contre-culture et du rôle central que la musique jouait dans ces temps-là. Après une pérégrination à travers la Suisse, la bibliothèque a trouvé son port d’attache dans l’hôtel Alpenhof (canton d’Appenzell) où elle est dorénavant accessible aux adeptes de la culture créative. La collection des vinyles, quant à elle, est en grande partie dissolue. Les nombreuses raretés ont trouvé de nouveaux amateurs.

A l’origine, tout a été réuni au « Spiegelberg », la résidence d’Andreas Züst situé dans l’Oberland zurichois. « Le Spiegelberg était l’autobiographie sous forme de maison dont tous les coins et recoins regorgeaient de traces et de témoignages de Züst, qui réunissait en lui plusieurs vies et plusieurs personnes : glaciologue, météorologue, photographe, peintre, oiseau de nuit, éditeur, producteur de cinéma, bibliothécaire, collectionneur d’art, mécène. » explique Martin Jäggi curateur
et critique d'art. « Aussi protéiformes que puissent paraître ses activités, Züst était, au fond, animé d’une seule et même passion : faire de la recherche et collectionner, ce qui revenait au même pour lui, à l’instar d’un naturaliste de la vieille école collectant lors de ses excursions et expéditions des échantillons d’espèces typiques et rares, afin de les préparer et de les présenter dans des cabinets de curiosité. Les collections que Züst hébergeait au Spiegelberg sont les chroniques de sa lecture du monde », conclut Martin Jäggi.

Le point de départ pour chaque présentation de la collection réside et résidera toujours dans la personnalité d’Andreas Züst. Ses différentes facettes se dévoilent dans les dix interviews filmiques que le cinéaste Peter Mettler a réalisés en 2009 avec des connaissances de Züst. Dans ce concert polyphonique, Anton Bruhin, Bice Curiger, Olivia Etter, Patrick Frey, Urban Gwerder, Ize Holliger, Walter Keller, Jan Voss et Peter Weber décrivent leur vision d’Andreas Züst. Ces interviews ajoutent une parenthèse posthume aux portraits photographiques qu’Andrea Züst a réalisés, de son vivant, de ses « connaissances connues ». Ils constituent non seulement une archive unique, mais révèlent aussi l’intensité relationnelle qui sous-tendait son existence et qui dépassait largement le cercle de ses amis artistes en s’étendant aux excentriques de la ville, habitués de la scène, chauffeurs de taxi ou aux barmen. Ces portraits soulignent le contexte socioculturel dans lequel s’élaborait sa collection et sont à lire sous cet angle-là. Le fait que la bibliothèque nationale ait voulu acquérir cette archive unique prouve sa valeur singulière pour la conservation d’un pan de l’histoire contemporaine.

« Quoi qu’il en soit, la vie est belle » écrivait l'artiste Friedrich Kuhn dans le dessin du joyeux suicidaire (qui fait partie de la collection), et qui pourrait être la devise d’Andreas Züst. Cette phrase est marquée d’autant de joie de vivre que d’ironie face aux aléas d’une vie pas toujours facile. Au fond, l’attitude positive envers la vie, la légèreté de l’être et les questionnements existentiels ont toujours animé Andreas Züst. C’est en tout cas l’image que renvoie de lui la collection. Or, collectionner signifie conduire une existence de manière singulière et appréhender le monde dans ce qu’il y a de beau, de sombre et de mystérieux. Si l’on choisissait les « meilleures » cent cinquante oeuvres de la collection, on obtiendrait un résultat des plus significatifs. Nul doute qu’Andrea Züst avait l’oeil pour acquérir des tableaux merveilleux. Pourtant, ceci ne suffit pas pour justifier l’envergure encyclopédique de la collection, l’attention particulière portée aux interstices et à l’inclassable. Par conséquent, chaque nouvelle présentation de la collection constitue une nouvelle tentative de montrer la complexité de celle-ci et de dépister les intérêts particuliers du collectionneur.

On ne cesse de s’apercevoir que tout ce qui est en dehors des zones primaires de la perception bénéficie d’une attention particulière. Ceci ne concerne pas seulement les marges de la collection, mais aussi son noyau dur. Entre autre celui qui reflète le profond enracinement d’Andreas Züst dans la scène artistique et culturelle zurichoise  des années 1970 et 1980, quand le collectionneur procède à une véritable auscultation de la scène qu’il examine en profondeur dans ses moindres plis et replis. Ou alors celui qui réunit des ensembles importants d’oeuvres majeures de certains artistes, par exemple David Weiss ou Anton Bruhin, plus tard Friedrich Kuhn et Dieter Roth. Ce trait se révèle également dans la partie de la collection marquée par le contenu, quand Andreas Züst place les sujets du « ciel » et des « glaciers » au-dessus de la qualité picturale et procède à des accumulations délirantes. Il en va de même pour sa passion pour l’art brut, comme pour Trivia & Varia - le savoir connu de tous (Peter Weber). Ou encore pour le dessin qui s’explique par son intérêt moins prononcé pour les oeuvres majeures. Il préférait sonder les mentalités et conserver des oeuvres intimes et personnelles qui se dévoilent dans des médiums fugitifs, tantôt de façon solide et expressive, tantôt esquissée et éphémère.

Prendre connaissance des particularités de cette collection permet de cerner davantage encore le collectionneur qui était également artiste et qui savait entrelacer ses différentes activités de façon quasi fusionnelle. En la personne d’Andreas Züst se trouvaient ainsi réunis le chercheur, le collectionneur et l’artiste d’une manière devenue rare de nos jours. Rare aussi en raison de l’étendue des champs d’intérêts qui, bien que contraires, semblaient réconciliés et qui allaient de la vie urbaine trépidante aux zones désertiques des cercles polaires, des réalités sociales aux phénomènes célestes les plus extraordinaires, du documentaire aux fictions illimitées. C’est à ces univers qu’Andreas Züst se consacrait corps et âme en les sondant par tous les moyens dont il disposait. La collection, la bibliothèque et l’art d’Andreas Züst forment ainsi une unité qu’il s’agit de penser dans son ensemble, même en accédant à ce cosmos de façon ponctuelle. Mais peu importe par où l’on y entre, ces mondes s’ouvrent très vite et révèlent la cosmologie d’un grand universaliste. Porter son regard au ciel a, finalement, donné au météorologue patenté la liberté de poser celui-ci sur la complexité de la vie. 

 


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