A la suite de sa récente exposition au musée de l'Abbaye de Sainte-Croix aux Sables d'Olonne et la
publication d'un nouveau livre, Killoffer présente, à la galerie anne barrault, une série de dessins sur papier et sur toile, réalisés en 2011 et 2012.
Il a souhaité à cette occasion inviter Ruppert et Mulot, qui présenteront pour la première fois un film
intitulé "le Sacre du Printemps".
Killoffer a dressé des hypothèses sur l’origine commune de vos fonctions digestives et langagières et mis en évidence les convulsions épidermiques qui surgissent soudainement sous votre langueur bonhomme. Souvent, vos ralentissements hypnotiques, baroques et modern style provoquent des encombrements perceptifs qui rejoignent les empiétements lunaires de certaines rues parisiennes. Parfois, pris de vitesse, votre parcours engendre des jets de constellation sur la surface incliné de la feuille, des idées qui giclent comme du sperme intellectuel. Et c’est le commencement du monde, la naissance des planètes, les premiers peuples, l’animal archétype.
Il y a tant de Killoffer en vous et autour de vous. Pourquoi y a-t-il plusieurs Killoffer plutôt qu’un seul ? Parce que c’est tout votre sentiment de l’Univers qui est l’objet de son investigation simultanément disciplinée et dissipée. Et il est obligé de se diviser et de se dupliquer, de se faire alternativement métaphysicien expérimental, patabiologiste ou géomètre de science folle, pour attaquer votre perception par tous les fronts, ne pas lui laisser un instant de répit, la saisir dans son moment de métamorphose pure, dans son passage entre deux formes. Killoffer invoque alors tous ses multiples qui deviennent les adjuvants de son implacable enquête sur vous. Et si ses bandes dessinées sont métaphysiques et scatologiques, pleines d’interrogations incessantes comme des coulées de chiasse mentale, les images de Killoffer sont eschatologiques et cosmologiques, mollement minérales, alternant ombres et formations géologiques. Elles font apparaître les formes originelles de votre affectivité dans une équivocité native que ne résoudra nulle discrimination. Tout sera toujours ambigu dans votre vie. Tout sera toujours réversible, bistable, carnavalesque, douteux. C’est la victoire incontestable sur le monde du canard-lapin. Joseph Jastrow avait raison.
Le dessin de Killoffer commence par vous saisir au sortir du sommeil. C’est un sommeil éparpillé en formes rocheuses et plastiques, des plis que prend la pierre et des sculptures qui naissent au beau milieu des draps. Puis c’est une planète morcelée qui naît dans une aube brumeuse, vue au réveil, par un coin de fenêtre. Et c’est un gigantesque slip cosmique, que vous apercevez de l’autre côté du lit comme un spectre renversé. Ce sont des fantômes la gueule ouverte, hagards, affamés et assoiffés, qui se confondent avec les cagoules suspendues dans l’étalage de linge sale qui jouxte la douche que vous allez prendre pour votre mettre d’aplomb. Et ce sont des gants de toilette comme des bûches en plastiques qui apparaissent dans une salle de bain immaculée, prêt à bondir sur vous tels des animaux mutants cachés derrière un buisson.
Vous êtes alors dans le plus dangereux des cosmos imaginables. Vous vous avachissez sur votre sofa et des larves ou des cornes de gazelle traversent le dossier. Ce sont des baleines spectrales dans une mer de pierre, et des limaces de sperme qui avancent vers un trou comme des bébés baleines. Vous regardez par la fenêtre la nuit qui tombe sur votre nouveau jour. Et ce sont des planètes où coule une pluie torrentielle, comparable à des pis de vaches pissant du lait noir. Enfin, ce sont ces mêmes pis de vache fantômes qui s’assimilent aux saucisses suintant sur le grill de votre barbecue du lendemain, parce que toutes les formes sont folles, et qu’elles se retrouvent dans des mondes opposés, créant des analogies entre ce qui devrait rester séparé. Et partout c’est la moindre des cornes de rhinocéros de votre chair de poule qui hurle dans les douleurs de l’enfantement.
C’est quoi, dessiner, dans la logique inquiétante du cosmos Killoffer ? Dessiner, c’est retrouver l’équivocité, excrémentielle et symphonique, du commencement des choses. C’est créer un trait qui puisse dire plusieurs paroles en un seul mot, créer un être par dissociation produisant une déconnexion telle qu’elle dévorera l’univers connu par débordement d’affects. Dessiner, c’est accélérer la fin de ce cycle de manifestation et poser les bases, cosmogoniques, anarchiques et alchimiques, du suivant. Dessiner, ce serait naître, mais naître vraiment. Jusque là, vous étiez dans la nuit et nous parlions de la destruction universelle.
Florent Ruppert et Jérôme Mulot sont nés respectivement en 1979 et 1981, ils se sont rencontrés lors d’un barbecue à l’Ecole des Beaux Art de Dijon en 1999. Leur production de bande dessinée où les deux amis participent aussi bien au dessin qu'au scénario s’applique a dépeindre des situations absurdes a la fois drôle et curieuses.
Des photographes s’interrogent sur l’origine des cicatrices aux visages d’un champion de boomerang dépressif, des esclaves noirs se vengent de leur maître en tapotant la veste de ces derniers avec leur pénis, des ennemis se battent en duel au milieu d’une réunion annuelle d’avaleur de sabre...
Killoffer présente Ruppert et Mulot à la maison d’édition l'Association en 2005 et leur second livre « Panier de singe » est primé au festival d'Angoulême en 2007.
En 2008 les deux auteurs commencent à développer en parallèle de leur production chez leur éditeur une nouvelle forme de bande dessinée qu’ils font sortir de son champ habituel : le livre. La narration est appliquée à des expositions de dessins, des installations, des conférences, des sculptures animées où est raconté par exemple le déroulement d’une audition de théâtre ou des acteurs affublés de masques doivent jouer l’ébriété a l’occasion d’un spectacle pour les alcooliques anonymes suisses…
Pacôme Thiellement
Following his late exhibition in Abbaye Sainte Croix museum in Les Sables d'Olonne, and the publication of his new book, Killoffer shows, in gallery Anne Barrault, a series of drawings on paper and on canvas, made in 2011 and 2012. He has wished Ruppert and Mulot to be invited, who will show, for the first time, a film entitled "the Rite of Spring".
Killoffer suggests the possibility for our digestive and linguistic functions to have the same origin, and emphasizes the skin convulsions that suddenly rise under your affable languor. Often, your hypnotic, baroque, modern style, slowing down movements cause perceptive clutters alike the moonlike encroachments of certain Parisian streets. Sometimes, carried along, your course gives birth to a flow of constellations on the slanting surface of the paper sheet, ideas that spurt out like intellectual sperm. Here is the beginning of the world, the birth of planets, the aboriginal peoples, the archetypal animal. There are so many Killoffers in you and around you. Why are there several Killoffers rather than one? Because he investigates how you feel about the Universe, in a way both well behaved and unruly. He has to split up and duplicate himself, to become, in turn, an experimental metaphysician, a patabiologist, or the surveyor of mad science, to tackle all the faces of your perception, not to give it any respite, to seize it when it is mere metamorphosis, when it changes shape. Killoffer calls up all its facets, which then become the adjuncts of his relentless inquiry about you. And if his comic strips are metaphysical and scatological, full of ceaseless questionings like flows of mental diarrhea, Killofer’s images are eschatological and cosmological, softly mineral, alternating shadows and geological forms. They let the original shapes of your fundamentally equivocal affects appear, that no discrimination will ever solve. Everything will always be ambiguous in your life; everything will always be reversible, steady one way and the other, carnivalesque, uncertain. It is unquestionably the victory over the duck rabbit world. Joseph Jastrow was right.
Killoffer’s drawings catch you when you surface from sleep. This sleep is scattered into rocky and plastic shapes, folds formed by the stone and the sculptures that rise right in the middle of the sheets. Then it is a parceled planet born in a misty dawn, seen on waking, from a window corner. And there are huge cosmic pants that you notice on the other side of the bed, like a specter upside-down. They are bewildered, starving, thirsty ghosts with wide opened mouths, which merge in the balaclavas hung in the displayed dirty linen next to the shower you are going to have to feel well. And there are face cloths, like plastic logs, which appear in a spotless bathroom, ready to jump on you, like mutant animals hidden behind a bush.
You are then in the most dangerous cosmos you can imagine. You recline limply in your sofa, and larvae or shortbread crescents shoot through its back. They are spectral wales in a stone sea, and slugs of sperm moving towards a hole, like baby whales. You look out of the window at night falling on your new day. Here are planets on which a torrential rain pours, like black milk gushing from udders. In the end, these ghost cows’ very udders become like the oozing sausages on the grill of tomorrow’s barbecue, because all the shapes are erratic and are found in opposite worlds, creating analogies between what should be left apart. And everywhere each rhinoceros horn of your
gooseflesh screams with birth pain.
What is drawing in Killoffer’s cosmos and its disturbing logic? To draw is to find the beginning of things and its excremental, symphonic equivocation. It is to draw lines that can mean several things in one word, to create a being by dissociation, causing such a disconnection that it will swallow the wellknown universe through an overflow of affects. To draw is to quicken the end of this cycle of expression, and lay the cosmogonical, anarchic, alchemic foundations of the next one. To draw would be to be born, really born. Till then, you were in the dark, and we were talking about universal destruction.
Pacôme Thiellement
Florent Ruppert and Jérôme Mulot were born the former in 1979, the latter in 1981. They met at a barbecue at Dijon Art College in 1999. The two friends work together drawing as well as writing the scenarios of their comic strips that endeavor to depict absurd situations both funny and strange.
Photographers wonder about the origin of the scars on the face of a depressive boomerang champion, black slaves, out of revenge, pat their masters’ cloaks with their penises, enemies fight a duel in the middle of the yearly meeting of sword swallowers…
Killoffer introduced Ruppert and Mulot to l’Association , a publishing house, in 2005, and their second book, « Panier de singe », won an award at Angoulême festival in 2007.
In 2008, both authors, at the same time as publishing with their publisher, start developing a new kind of comic strips they take out of their usual field: the book. They tell stories through exhibitions of drawings, installations, lectures, living sculptures telling, for example, how an audition goes when actors wearing masks must play the part of a drunkard in a show for Swiss Alcoholics Anonymous.