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Paris

Galerie Isabelle Gounod

Exhibition Detail
L’art, le joli et le fonctionnel
13, rue Chapon
75003 Paris
France


April 12th, 2012 - May 26th, 2012
Opening: 
April 12th, 2012 4:00 PM - 8:00 PM
 
Dessin extrait de la série « Les dessins à la règle », Moulure, Elvire BONDUELLEElvire BONDUELLE,
Dessin extrait de la série « Les dessins à la règle », Moulure,
2011, feutre sur papier, 21 x 29,7 cm.
© Courtesy of the artist and Galerie Isabelle Gounod
> QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.galerie-gounod.com
NEIGHBORHOOD:  
3rd Arrondissement
EMAIL:  
info@galerie-gounod.fr
PHONE:  
+33(0)1 48 04 04 80
OPEN HOURS:  
Tue-Sat 11am-7pm, or by appt.
TAGS:  
installation
> DESCRIPTION

Il est des revendications parfois inconfortables et périlleuses, et dans l'art tout autant- et tout étrange aussi - la quête du bonheur en est l'une des plus délicates. C'est qu'un art de la félicité risque sa forme au détriment de son contenu, comme si l'un se versait dans l'autre pour en tarir la substance.

Il est en réalité une conquête bien plus militante, bien moins futile et plus concernée, une esthétisation autant qu'une conceptualisation du quotidien, des choses et de notre rapport aux êtres, un engagement modelé en échappatoire. Et lorsqu'Elvire Bonduelle collecte les journaux quotidiens, Le Monde ou El Pais, pour n'en garder que les bonnes nouvelles, elle participe de ce que De Certeau nommait « l'activité scriptuaire » ou comment reprendre en main l'écriture d'une histoire présente dont le système nous a dépossédés, comment faire de la lecture, bien qu'ordinaire, un espace critique et propre à chacun.

Chanter la vie, ses légèretés autant que ses petites idioties; fabriquer des modules pour « arrondir les angles »; des coussins-cales, petites béquilles aux inconforts de tous-les-jours, les larmes devenant des motifs inoffensifs et enjoliveurs, sérigraphiés sur les pages des journaux ou sur les T-shirt pour en conjurer l'affect.

Elvire Bonduelle a su construire un répertoire d'images et d'objets au potentiel joyeux (en apparence); une pointe de naïveté (de surface) dont elle s'amuse tout autant. Car savoir rire des choses autant que de soi, c'est respecter la logique de l'ironie. Et par contraste, c'est tout autant une difficulté à être au monde qu'Elvire laisse subtilement transparaître dans ses œuvres.

Pour son exposition personnelle à la galerie Isabelle Gounod, l'artiste nous présente une nouvelle étape de son travail avec un ensemble d'œuvres qui s'articule selon des modalités iconiques fortes : drôles et raides à la fois, superficielles au primo piano, profondes al'secondo.

Il y a tout d'abord les Moulures, qui forgent l'espace de leurs présences, reprises de formes haussmanniennes transformées en monolithes, contemplatives autant que contemplatoires. Le visiteur est invité à s'y asseoir. La forme épouse celle du corps au repos, une onde dictée par un effet architectural et ornemental dont la rigueur à l'élégance associée rythme l'apparence des grands quartiers parisiens. D'abord placées en extérieur pour s'offrir au paysage, les Moulures se domesticisent dans l'espace de la galerie, version salon, peut-être, ou salle d'attente, que le blanc immaculé vient rappeler une version en manteau neigeux, un modèle alpin que l'artiste a réalisé à Innsbruck.

Il n'y a là plus d'échappée sur un jardin, vestiges d'un temple grec placés dans un parc ou au sommet d'une montagne; les Moulures offrent la perspective d'une introspection, pensées propices* aux aires d'attente avec leurs images aux murs prêtes à recevoir toute forme de divagations.

Accrochés en face des assises, des dessins qu'Elvire a tracés à la règle, comme on apprend studieusement à le faire à l'école, se servant de la palette de tous ses motifs prédécoupés : lettrines et formes géométriques prêtes à être reportées . Maison, voiture, chien ; éléments du bonheur pavillonnaire qui intitulent officieusement une série tirée là en grand format. Les dessins tracés au crayon papier et aux crayons de couleur, aux feutres et stylos bics, sont agrandis dans un processus mimétique les reliant aux Moulures comme dans une nécessité de conformisme relatif aux objets d'intérieur. Il y a aussi quelques palais et intérieurs à l'atmosphère inquiétante, car autant qu'être des espaces potentiellement désirables, sans figures humaines comme pour mieux s'y projeter, les dessins qu'Elvire place en vis à vis suggèrent leur vocation standardisatrice. Comme les moulures, formes extrudées produites en masse pour les intérieurs bourgeois au point qu'elles pourraient être rapprochées d'une production industrielle, les dessins intriguent les zones de formatages.

C'est sans doute là que se place le point de raccord avec sa paire de chaises pliables intitulée  « Wood is Good » et inspirée du mobilier fabriqué par l'artiste minimal Donald Judd. Voilà bien longtemps que le mobilier anime le travail d'Elvire Bonduelle qui en a déjà réalisé plusieurs : chaises à pique-nique, Do, ré, mi, ou les chaises de salle d'attente, Fauteuils pour livres de poche, Adaptateurs, assises et autres mobiliers de circonstance... et c'est peut-être parce que « bien-s'asseoir » est un des nombreux dérivés de la bienséance qu'Elvire se plait à en détourner les usages. Dans un essai que Judd consacre à la chaise, celle-ci belle et fonctionnelle ne peut devenir objet d'art. Une convention qu'Elvire se plait à transgresser en fabriquant ces objets hybrides, fonctionnels et inconfortables qui une fois dépliés ressemblent à des retables iconoclastes.

Par ces brèches, Elvire Bonduelle opère dans un champ de citations qui, fondatrices de l'histoire de l'art, se rappellent comme ici à des formes, des techniques et des pratiques d'une autre époque, comme dans les dessins dont les perspectives biaisées n'ont pas uniquement une valeur enfantine, mais sont plus directement liées aux peintures du Moyen-âge, avant que la Renaissance ne théorise la perspective à coup de théories savantes.

Notions, images et styles survivent, c 'est ce que Didi-Hubermann précise au regard du projet warburgien, le travail d'Elvire Bonduelle intègre pleinement ce processus, les bibliothèques sont vidées de leur contenu pour laisser planer une absence; ses référents agissent comme des fantômes du savoir pour venir s'installer dans l'état d'un objet, d'une situation ou d'un dessin et mieux en déplacer les contours et tracer encore plus loin son relais.

 

Estelle Nabeyrat, 2012


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