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Paris

Galerie Alain Gutharc

Exhibition Detail
Comme si, de cette couture, dépendait le sort de l'univers
7, rue Saint-Claude
Paris 75003


October 15th, 2011 - November 19th, 2011
 
, Charles LopezCharles Lopez
© Courtesy of the artist and Galerie Alain Gutharc
> QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.alaingutharc.com/
NEIGHBORHOOD:  
3rd Arrondissement
PHONE:  
+ 33 (0)1.47.00.32.10
OPEN HOURS:  
Tue-Sat 11-21; 2-7
> DESCRIPTION

Pour sa première exposition dans une galerie, Charles Lopez, se joue de l’espace et des espaces : l’espace du lieu d’exposition et l’espace topographique au sens large. Les oeuvres sont des pirouettes aux conventions de représentation. Elles sont également des indices qui forcent à mettre en oeuvre les ressorts d’une vision critique ou interrogative.

Chaque oeuvre prise isolément est une entité poétique qui invite au voyage mental ; leur réunion, le décryptage d’usages et de formes, une dé-construction des codes de représentation.

Le spectateur se retrouve alors projeté dans une spirale de pistes spéculatives qui !niront par bousculer ses propres repères. Nous voici donc face à un terrain de jeu où les oeuvres se répondent et renvoient à un questionnement sémantique et formel.

« Expliquer les hypothèses nébuleuses.
Énoncer brièvement les constituants électromagnétiques de l’aurore boréale et expliquer leur relation aux ondes hertziennes.
Établir la di"érence entre l’ondulation hertzienne et les ondulations de la coi"ure de Marcel. »
Oliver Herford, The Simple Jography, 1908.

Lorsque le ciel se dégage au sommet d’une montagne, dont le nom importe peu ici, et que les nuages laissent !ltrer une lumière de plus en plus intense à mesure que le jour se lève, la surface de la neige scintille. Provoquant un changement d’état de la matière, l’altération provoquée par les rayons lumineux se transmet d’un cristal à l’autre - imperceptible chaîne de réactions par laquelle
l’eau, sous l’e"et de la fusion, change ses propriétés optiques et augmente considérablement son indice de réfraction ; processus au terme duquel les particules d’eau quittent le seuil du visible en devenant une fumée très vite dissipée dans l’air. En même temps que se propage la turbulence à la surface du sol, la ré$exion des rayons solaires s’ampli!e sur les couches successives de glace jusqu’à atteindre une luminosité néfaste pour quiconque se serait attardé à les contempler sans avoir pris garde de protéger ses yeux. Ainsi Icare serait pris entre deux feux.

Nombreux sont les moments où le paysage se dérobe à l’autorité du regard. C’est d’un ensemble statistique qu’il faut dès lors convenir. L’ensemble des conventions précises, des codes arti!ciels et arbitraires, en réglant le monde des cartes géographiques, érige ce regard haut perché à partir duquel une administration devient possible. Tout cela articulé, cohérent, apparemment sans aucune intention doctrinale ou parodique. Néanmoins dans sa surprenante entreprise de codi!cation l’institution cartographique côtoie des seuils où les données s’altèrent, un moindre changement de paramètre su%t à engendrer un monstre.

Il existe tout un pan de la cartographie du XVIIe siècle où se dressent des montagnes incroyables, des villes merveilleuses où foisonnent des plantes aux propriétés étonnantes et des animaux monstrueux ; paysages improbables auxquels nous prêterions volontiers le statut de fables. A chacune des ces aberrations correspond pourtant une source bien précise que l’on retrouve à l’identique dans la correspondance diplomatique de cette époque et dont tout porte à croire qu’il s’agit de renseignements bien précis sur l’état militaire du pays traversé, les ressources économiques, les marchés, les richesses, les possibilités de relation. La naïveté communément
prêtée à ces cartes serait issue non pas d’un savoir balbutiant ou d’une fantaisie, mais procèderait d’avantage d’un codage particulier traduisant les intérêts coloniaux des puissances occidentales.

Il faut croire que le métier de cartographe n’a rien d’innocent et que la représentation du paysage en ces termes croise à la fois des  recherches militaires, des intérêts !scaux et politiques.

Une carte est un enregistrement autant qu’un e"acement continu du paysage. Cette pellicule encombrante avec laquelle, dans un souci d’absolue précision, toute la campagne anglaise avait été recouverte, n’était au !nal d’aucune nécessité. On s’en aperçu très vite, le paysage pouvait très bien faire lui-même o%ce de carte. Autrement dit plus une carte se gon$e d’exactitude, soit le projet de révéler des possibilité physiques in!nitésimales, plus elle se donne l’opportunité de se retourner comme un gant.

Mais cette gigantesque membrane, la dernière carte laissée aux orties, pour peu que nous la retournions et la remplissions de fumier, ne saurait-elle pas o"rir une matière su%samment meuble et nourricière pour y planter des arbres d’un tout autre genre ?

Les mondes les plus improbables, avec leurs lots de coordonnées inaccessibles tirés avec un maximum de précision, sont les formes
concrètes de la réversibilité de toute chose.

Chantier considérable pour qui ne pouvant trouver le repos à une heure tardive de la nuit assiste à l’étrange débat de ses outils un
instant doués de parole et de prétentions iniques. La discorde qui s’élève entre le compas, la règle, l’équerre, le plomb, le niveau, la
sauterelle et l’astrolabe, dessine des mondes en sécession dont les frontières ne coïncident pas sur un même plan.

Dès lors que sont parallèles toutes les lignes d’une forme et par extension toutes les lignes de l’univers, l’entreprise de néantisation touche à son but un instant. Entre-temps le monde aura continué de tourner et, pro!tant de ce court dé!lement trouvera ça et là assez de débris pour s’y embobiner. A moins que ces débris ne soient eux-mêmes issus d’aucun univers précédent. Eclats primordiaux contenus dans des boîtes et menaçant de faire exploser ce dans quoi ils entrent. Fragments impossibles à recomposer, ils ne s'intégreraient à rien et ne témoigneraient d’aucune soupe primitive.

Ainsi les travaux de Charles Lopez ne seraient pas un démenti aux !gurations des cartographes, ni une révélation d’un paysage dans sa nudité. En dispersant tout l’outillage nécessaire et en renversant les données les plus admises, ces cartographies produisent un décentrement à partir duquel le paysage n’o"re plus aucune autre prise qu’un lot d’informations impossible à cerner. De là impossible d’y dessiner une frontière fermée de l’intérieur et bien repérable à l’extérieur, un enclos à moutons, un rempart ou encore le fond d’un gou"re.

A la !n il n’y a presque rien, là où auparavant il y avait un horizon. Et ce qui n’est presque plus une ligne fait surgir le haut à la place du bas, la droite à la place de la gauche, et l’envers à la place de l’endroit. Pour atteindre le sommet il faudra dès lors se pencher jusqu’au vertige – lequel se dissipera peut-être dans le re$et cristallin des gravats. L’e"ondrement par lequel procède cette inversion des coordonnées a aussi son lot d’accidents dont il faut prendre acte, sans quoi nous serions rendus à cet état initial d’imperturbables et ennuyeux bipèdes.

Bruno Botella


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