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Paris

In Situ / Fabienne Leclerc

Exhibition Detail
A World For The Spoiling
19 Rue Michel Le Comte
75003 Paris
France


October 21st, 2010 - December 4th, 2010
 
The Phantom Museum, Mark DionMark Dion, The Phantom Museum, 2010
© Courtesy of the artist and In Situ / Fabienne Leclerc
> QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.insituparis.com/
NEIGHBORHOOD:  
3rd Arrondissement
EMAIL:  
GALERIE@INSITUPARIS.FR
PHONE:  
+33 (0)1.53.79.06.12
TAGS:  
installation
> DESCRIPTION

L’exposition A World For The Spoiling à la galerie In Situ/Fabienne Leclerc réunit majoritairement de
nouvelles installations de Mark Dion ainsi qu’un large ensemble de dessins. Réalisé conjointement
avec Dana Sherwood, The Cabinet of Delight and Ruin consiste en un ensemble de “pâtisseries”, disposées sur un présentoir en pyramide et placées dans une vitrine de style art déco. Magnifiées par cet écrin, ces répliques en résine aux formes sophistiquées et aux couleurs attractives sont produites à partir de moules à gelée datant du XIXe siècle. Un regard plus attentif permet de déceler quelques insectes inertes, comme piégés par ces douceurs raffinées et kitsch. Le thème de la Vanité, qui traverse l’histoire de l’art, se voit ainsi réinterprété sans nul recours au crâne, lieu commun de la Vanité contemporaine. Davantage, l’oeuvre aborde la question des goûts et du goût, nous entretient de culture et de classe sociale, de savoir-faire et de tradition, de facticité et de leurre, de beauté illusoire et de fugacité.

The Phantom Museum est un cabinet de curiosités dont l’une des singularités, comparé à ceux réalisés auparavant par Mark Dion, est de ne comporter aucun objet trouvé. En effet, travaillant souvent en collaboration avec divers musées d’archéologie et d’histoire naturelle, l’artiste a souvent
emprunté aux institutions une partie des éléments exposés, tandis que d’autres sont chinés sur les
marchés aux puces et autres brocantes. Si le cabinet de curiosités constitue chez Dion la métaphore
et la représentation microcosmique du Musée et de la collection – et, partant, du processus de
muséification lui-même –, il évoque aussi bien nos étagères emplies de souvenirs de toute sorte.
Comme le suggère son titre, The Phantom Museum, renvoie autrement à la mémoire et à l’Histoire :
les “choses” représentées ont pour modèle les gravures issues de Die geöffnete Raritäten-und Naturalien- Kammer, un ouvrage datant de 1704, attribué à Paul Jacob Marperger* . L’auteur – qui fut l’un des premiers à théoriser l’idée de collection – y explique, illustrations à l’appui, comment doit être constituée une wunderkammer, quels spécimens doivent y figurer, etc. Racines, coquillages, coraux et minéraux y côtoient mammifères, reptiles, monstres naturels et chimères, ainsi que divers
artefacts

Traduites en papier mâché ou en plastiline, semblablement unifiées par leur aspect osseux, ces
curiosités ont perdu ce qui faisait leur spécificité pour s’offrir comme des spectres d’elles-mêmes.
Ces transpositions successives – chez Marperger, du spécimen à la gravure et, inversement, chez
Dion, du dessin à la figure tridimensionnelle – répondent à un processus d’abstraction : dans ces
fantomatiques simulacres de simulacres de simulacres, le réel laisse place à l’Idée.
The Shooting Gallery est une sorte d’hybride entre cabinet de curiosités et stand de foire. Considérés comme nuisibles ou appétissants, les animaux qui y sont diversement représentés sont ceux que l’on chasse traditionnellement – tels les cerfs, lièvres et canards –, mais également ceux que l’on tente d’éradiquer, tels les rats. Du reste, le spectateur pourra libérer ses pulsions de destruction et mesurer son habileté au tir, comme Nicky de Saint-Phalle lui en avait offert l’occasion au début des années 1960. Les trophées en peluche, eux, nous renvoient à notre enfance et au souvenir de la douceur rassurante de leur contact. Qu’il soit envisagé comme objet d’étude, de collection ou de convoitise, le monde animal est omniprésent chez Mark Dion. Préoccupé depuis longtemps par les enjeux écologiques, l’artiste pointe ici les tendances contradictoires de nos affects et comportements vis-à-vis du monde naturel.

Engendrant des attitudes proprement aberrantes, ces contradictions sont au coeur de l’oeuvre
intitulée The Sturgeon. L’une des plus anciennes espèces de poisson, chassée et braconnée comme on sait pour ses oeufs, est aujourd’hui gravement menacée d’extinction. Dion représente l’esturgeon englué dans un lit de goudron mêlé de joaillerie de pacotille. Sur le mode de la parabole, The Sturgeon soulève la question de la rareté, de la valeur, et de leur place dans l’économie mondiale. Ce simulacre de trésor figure, métaphoriquement, l’absurdité, l’anachronisme de la chasse au caviar, destinée à quelques privilégiés. Exhibé dans une châsse de verre, l’animal est montré comme étant d’ores et déjà un futur vestige, relique d’une société fondée sur des politiques à courte vue. De manière indirecte et sans esprit moralisateur, ces oeuvres sont des miroirs qui nous sont tendus, en lesquels se reflètent nos illusions, nos croyances, et notre inclination à regarder vers le passé plutôt que vers l’avenir. Entre utopie et désillusion, l’exposition A World For The Spoiling est empreinte de mélancolie, mais elle atteste aussi d’un art lucide, réflexif et résolument engagé.

Natacha Pugnet


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A World for the Spoiling, an exhibition at the In Situ/Fabienne Leclerc gallery, shows mostly new
installations by Mark Dion and a large collection of drawings.

The Cabinet of Delight and Ruin — created with Dana Sherwood — is a group of “pastries” presented in a pyramid and exhibited in an art deco glass display. Augmented by this jewel box, the resin replicas in sophisticated forms and attractive colors are made from 19th century jelly molds. A closer look reveals a few inert insects, as if they were trapped by the refined and kitschy sweets. Vanity as a theme, which runs through the history of art, is hereby reinterpreted without use of the human skull, a commonplace to contemporary vanity. What’s more, the work raises the question of tasting and of taste, explores culture and class, savoir-faire and tradition, fact and fake, illusion and the elusive. Another work, The Phantom Museum, is a curiosity box which is different from earlier ones made by Dion because this piece includes no found objects. Having often collaborated with different archaeology and natural history Museums, the artist regularly borrowed items to include in his art, or them up at flea markets and other secondhand shops. If the curiosity box is a metaphor
for and microcosmic portrayal of the museum and its collections — starting with the process of
museumification itself — Dion also evokes our own collections of memories of every kind. As
its title suggests, The Phantom Museum recalls in another way memory and history: its “things” on
display are modeled after engravings from Die geöffnete Raritäten-und Naturalien-Kammer, a work from 1704 attributed to Jacob Marperger*. The author was one of the first to theorize about the idea
of a collection, and writes-with illustrations in support — about how to create a wunderkammer, and
about what should be included: roots, seashells, coral and rocks are mixed with mammals, reptiles,
natural and fake monsters, and other artifacts. Turned into papier-mâché or plastiline and visually
united through their bony appearance, the curiosities lose their specificity and become phantoms
of themselves. The successive transpositions — from specimen to engraving with Marperger, and
from drawing to three dimensional object with Dion — evoke the process of abstraction: the idea
replaces the real going from one simulacra to another.

The Shooting Gallery is a sort of hybrid between curiosity box and carnival booth. Either dangerous
or edible, the animals portrayed are the ones we hunt — deer, rabbit, duck — or those we want
to eliminate, such as rats. Meanwhile the viewer can let out his destructive impulses and test his
shooting skills, like Nicky de Saint-Phalle in the early 1960s. As a prize, the stuffed animals recall
childhood and the memory of the reassuring softness of toys. Whether the object of research,
collection, or desire, the animal world is omnipresent for Dion. With a longstanding interest
in the environment, here the artist highlights the contradictions of our affects on and behavior
toward the natural world.

Offering attitudes that are especially absurd, such contradictions are at the heart of the work The
Sturgeon. One of the oldest species of fish, it is hunted and as we know poached for its eggs, and
today nearly extinct. Dion shows the animal mounted on a bed of tar covered in cheap costume
jewelry. Like a parable, The Sturgeon raises questions of rarity, value, and their roles in the global
economy. This image of wealth metaphorically represents the absurdity, the anachronism, of the
hunt for caviar for the privileged few. In a glass casket, the animal is already an artifact from the
future, a relic of a society based on shortsighted policies.

Without moralizing and in an indirect way, these works are mirrors that reflect our illusions,
beliefs, and a tendency to look toward the past rather than the future. Caught between utopia and
disillusion, the entire exhibition is marked by melancholy, but it also reaffirms an art that is lucid,
reflexive and deeply engaged.

Natacha Pugnet
*


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