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Paris
Christophe Chemin
galerie jeanrochdard
13 rue des arquebusiers, 75003 paris, France
October 30, 2010 - December 26, 2011


Les sourires de Christophe Chemin : obscurs objets du désir

PARIS —

Présentant ses dessins pour la troisième fois à la Galerie Jeanroch Dard, Christophe Chemin est parti de son propre rapport au sourire, pour interroger les différentes représentations qu’il implique, tant d’un point de vue social qu’identitaire.

Dans un kaléidoscope de faciès aux dents exhibées, il révèle toute l’ambivalence de cette convention esthétique, et prolonge ces portraits par une mise en scène d’éléments naturels ou architecturaux, interrogeant toujours les origines du désir.

Pour ARTINFO, il a accepté d’expliciter un propos doux-amer sur les relations humaines, derrière une technique saisissante de précision.

Comment se traduit le glissement de votre narration visuelle, plus axée aujourd’hui sur le ressenti ?

Je suis parti d’images découvertes dans les années 70. Herzog a peut-être été un des premiers à filmer les Wodaabe, une des plus anciennes tribus peules, dont les témoignages datent d’avant Lascaux. Ce sont des nomades, qui ne vivent avec pas grand chose, et qui ont ce rite nuptial assez étrange par rapport à notre culture : les hommes se rangent en ligne devant les femmes, et mettent en évidence le blanc de leurs yeux et de leurs dents. C’est selon ces critères de beauté que les femmes choisissent leurs maris.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé particulièrement à cette tribu ?

J’avais envie de travailler sur le sourire. Pendant de nombreuses année, on me disait souvent « souris, souris ! », en me signifiant que je n’étais pas très drôle. C’est une chose que l’on demande souvent aux gens. Je voulais comprendre la signification du sourire. Pourquoi le fait de montrer les dents est-il perçu comme un signe de bonheur ? Cette manière de montrer les dents n’est-elle pas liée aussi à l’agressivité propre aux animaux ? A travers cette manifestation du sourire, je voulais aussi travailler sur l’idée du désir et de la séduction. Quand j’ai commencé à créer, je pense qu’il y avait une volonté de désir, amoureux mais aussi social.

Vos dessins abordaient beaucoup jusqu’ici le désir sexuel. Aujourd’hui, le trait change, il prend l’apparence d’une trame, s’agit-il d’une transition plus psychologique ?

Ces œuvres sont une continuation. Mon trait a toujours été très lié à la minutie, à la rigueur, mon travail se rapproche de la broderie ou du tissage. On peut regarder toutes ces images, et comprendre intuitivement qu’elles sont reliées. Cela fonctionne comme un miroir posé devant le spectateur, qui va construire sa propre narration. Il ne s’agit plus uniquement de mon univers.

Certaines pièces plus abstraites donnent l’impression de regarder des taches, ou des grains de sable…

Si on photographie le négatifs de ces dessins, on se rend compte qu’il s’agit d’images de ciels ou de galaxies. J’ai procédé de la même manière avec le Taj Mahal, qui est très sombre, alors que le monument est très blanc. Je désirais renverser cette notion de pureté. Il y a ce dessin de femme aux dents noires, qui donne l’impression qu’elle a un trou dans la bouche.

Le dessin doré représentant deux squelettes établit-il une connexion entre la beauté et la mort ?

Comme l’image de Marilyn, il s’agit d’une image populaire. Elle représente un couple retrouvé à Padoue. Elle symbolise l’amour éternel, fixé à un moment donné, mais qui perdure. J’ai voulu réaliser ce dessin à la feuille d’or 24 carats. Autant aller au fond du cliché, et surcharger cette histoire, comme l’aboutissement ultime des processus de désir et d’amour absolu.

Le sourire, changeant d’une société à l’autre, révèle autant qu’il dissimule… Le sourire cache toujours quelque chose. Le meilleur exemple, c’est Marilyn. Vous pouvez constater qu’elle sourie en permanence. Il y a derrière tout ça la petite fille pauvre, qui a réussi socialement. Il y a aussi l’idée, très américaine, que si on a l’air d’aller bien extérieurement, c’est qu’on est bien intérieurement, ce qui est totalement effarant. Dans une approche lynchéenne, le sourire peut cacher un cri. Il y a une ligne très fine entre le fait de sourire et le fait de, tout à coup, montrer les dents. C’est une sorte de rideau attrayant.

La vidéo dans laquelle vous reproduisez vous-même le rituel peul du sourire constitue-t-elle une touche d’humour ?

C’est un loop visuel qui rassemble le rituel Wodaabe et les concours de body builders, dans lesquels les hommes se couvrent de marron. J’ai choisi de couvrir mon corps d’or. De façon implicite et ironique, c’est une démonstration de toutes ces choses débiles et insipides que suis capable de faire pour être désirable. La vidéo soulève une volonté d’attention et de communication, quelle qu’elle soit.

Quels sont vos projets à venir ?

J’ai plusieurs expositions en préparation à New York. et je travaille sur une adaptation cinématographique très librement inspirée de L’Homme sans Qualité de Robert Musil.



Posted by Christophe Chemin on 11/3/10 | tags: video-art abstract figurative modern

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