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Nowhere

Galerie Jerome De Noirmont

Exhibition Detail
HARD WORK
38 Avenue Matignon
75008 Paris
France


May 23rd, 2012 - July 12th, 2012
 
Base V, Benjamin SabatierBenjamin Sabatier, Base V,
2012, Béton, polystyrène, pot de peinture en métal, acrylique, résine et bois, 110 x 70 x 75 cm.
© Courtesy of the artist and Galerie Jérôme de Noirmont
> QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.denoirmont.com/
NEIGHBORHOOD:  
other
EMAIL:  
info@denoirmont.com
PHONE:  
+33 (0)1 42 89 89 00
OPEN HOURS:  
Mon-Sat 11-7
TAGS:  
sculpture, installation
> DESCRIPTION

OÙ LE TRAVAIL DEVIENT ART

 

 

Benjamin Sabatier est de ces artistes qui s’adressent au monde. Depuis sa performance réalisée au Palais de Tokyo en 2002, son discours et sa pratique artistique s’inscrivent dans un contexte socio-économique où le travail apparaît comme l’étalon modèle de nos sociétés actuelles. L’exposition Chantier organisée à la galerie en 2008, nous projetait déjà dans l’univers du travail et dans la fabrique de l’œuvre elle-même, l’œuvre étant le lieu où l’on ressent le poids du temps et du travail.

Pour sa cinquième exposition personnelle à la galerie du 23 mai au 12 juillet, comme un troublant écho au slogan de la Ford Company « Work easily, play Hard », apparaît ce lapidaire et cinglant constat : Hard Work. Aussi simple qu’efficace, ce titre n’en multiplie pas moins les pistes de lecture et les possibles évocations, constituant en cela une parfaite illustration du mode opératoire de Benjamin Sabatier.

Au-delà du clin d’œil à la musique rock, c’est le geste créateur de l’artiste qui est interrogé. L’ensemble des 20 installations et sculptures exposées est constitué de matériaux bruts comme le béton, la brique ou le métal sous la forme d’étais, de canettes de bière et de barils ; les processus de fabrication sont ainsi très lisibles. Benjamin Sabatier crée ici une « esthétique du labeur » comme une manière de réinvestir le réel.

Pourtant, à y regarder de plus près, le travail que suggère le titre semble moins imputable à l’artiste qu’aux matériaux eux-mêmes, comme si le rôle de l’artiste avait été de littéralement mettre la matière brute au travail par des jeux simples de poussée, d’écrasement, de déversement… L’outil - liant, transformant, déformant - est mis en scène lui aussi, dans sa plus simple expression.

Dans Briques II (2012), l’assemblage d’éléments séparés est obtenu par des serre-joints. Ils deviennent alors eux-mêmes des éléments plastiques de l’œuvre, tout en permettant à la sculpture de s’élever dans l’espace. Ce dynamisme construit n’est pas sans rappeler le constructivisme de Tatline. Une sorte d’assemblage « néo-constructiviste héroïco-ironique » selon les mots de l’historienne de l’art Cécile Pichon-Bonin, pour qui « le propos de Sabatier se situe précisément dans cet interstice qui sépare le travail et son produit, réactualisant l’interrogation centrale des Constructivistes autour de l’abolition de la séparation entre art et travail. »

Dans la série Rack (2009-2010), les sculptures sont issues de sacs de sable à béton vidés et remplis à nouveau de béton. Ils sont ensuite mis à sécher sur des équerres et des crémaillères métalliques. Ces sculptures une fois sèches sont alors retirées de leur contenant en plastique. Les sacs font désormais corps avec leur système d’accrochage et de suspension.

Le béton garde l’empreinte du support de séchage et laisse apparaître son propre poids dû au principe d’attraction ; or on ressent une impression de légèreté d’autant plus prégnante que les sacs semblent s’être transformés en coussins.

Sabatier explore les limites possibles, fonctionnant par oppositions simples et radicales et par inversion des rapports de force : entre lourdeur et légèreté, solidité et fragilité. La série Cans (2012) tisse le lien entre ces paradoxes apparents : les canettes deviennent le support du bloc de béton ; un conflit de matériaux qui régit l’essence même de ces œuvres.

Cette dichotomie entre poids des matériaux et sensation de légèreté est récurrente dans ces nouvelles séries. Benjamin Sabatier joue avec les matières comme avec le rapport entre contenant et contenu. Avec Etai V (2012), la forme de la sculpture est obtenue par la pression d’un étai sur un pot de peinture. Le socle devient le réceptacle de ce que le pot contenait. Ailleurs, avec Etai III (2012), Barrel (2010) et Barrel II (2010), c’est une pression verticale entre sol et plafond qui provoque la déformation.

Dans la série Base (2012), les contenants (canettes de bières, pots de peintures…) sont écrasés entre un bloc de béton et le socle sur lequel ils sont posés, libérant leur contenu pour devenir matière picturale et ajouter au caractère plastique de l’œuvre.

Tout est visible, prêt à être reproduit. Les œuvres de Benjamin Sabatier fonctionnent presque comme des prototypes. Chaque sculpture semble évidente dans sa conception et sa construction. Une lecture immédiate pour le spectateur, qui rappelle la formule « Do It Yourself » chère à l’artiste, que l’on retrouve dans Hard Work (DIY) (2012) : des centaines de clous à planter à même le mur dessinent le titre en creux. Un geste faussement brut au premier regard qui apparaît en négatif telle une fiction et qui dévoile une composition construite et réfléchie. L’œuvre est proposée en kit, le kit devenant ici la « clé universelle » qui associe le collectionneur au geste créatif. Une corrélation entre consommation de masse et sphère artistique que la galerie avait mise en avant dès 2003 avec sa première exposition personnelle, Peinture en Kit, au Noirmont Prospect, en écho à l’International Benjamin’s Kit (IBK) développé par l’artiste depuis 2001.

Le Tableau n°4 (Do It Yourself) (2011-2012) rend compte du processus de création à l’origine de cette exposition et fonctionne comme un récapitulatif des différents stades du projet. Les dessins, simplement punaisés sur une planche de contreplaqué, reconstituent le cheminement de la pensée de l’artiste : croquis d’œuvres déjà réalisées ou d’autres qui ne verront peut-être jamais le jour… Dans la continuité du processus créatif déjà apparu dans l’exposition Chantier, ce véritable « mur d’enquête » expose de manière visible et lisible les dessins préparatoires aux propositions esthétiques de Sabatier, faisant de ces « esquisses » une composition plastique à part entière.

WHERE WORK BECOMES ART

Benjamin Sabatier is one of those artists who addresses the world. Since his performance at the Palais de Tokyo in 20021, his view and artistic practice are part of a socioeconomic context where work is seen as the standard model for our contemporary societies. The Chantier2 exhibition held at the gallery in 2008 already projected us into the world of work and in the making of the art piece itself, with the piece being the place where one feels the weight of time and work.

For his fifth solo exhibition at the gallery from May 23 to July 12, like a disturbing reference to the Ford Company’s slogan "Work Easily, Play Hard", appears this concise and scathing statement: Hard Work. As simple as it is effective, this title does not limit possible interpretations and associations, giving us a perfect illustration of Benjamin Sabatier’s modus operandi.

Beyond the nod to rock music, it is the artist’s creative process that is questioned. All of the 20 installations and sculptures on display are made from raw materials such as concrete, brick or metal in the form of struts, beer cans and barrels; the manufacturing processes are thus very readable. Here Benjamin Sabatier creates an "aesthetics of labor” as a way of reinvesting reality.

Yet if we look closer, the work that the title suggests seems less attributable to the artist than to the materials themselves, as if the artist's role had been to literally put the raw material to work with simple games of pressure, crushing, spilling... The tool - binding, transforming, distorting - is staged too, in its most simple expression.

In Briques II (2012), the separate elements are assembled by clamps. They then become their own visual elements of the work, all while allowing the sculpture to climb into space. This constructed dynamism is not unlike Tatlin's constructivism. A kind of "neo-constructivist heroic-ironic" assembly according to art historian Cécile Pichon-Bonin who states that “what Sabatier says lies precisely in this gap which separates the work and its product, updating the central question of the Constructivists about the abolition of the separation between art and work.”

In the Rack series (2009-2010), the sculptures are made from concrete sand bags emptied and then refilled with concrete. They are then dried on brackets and metal racks. Once dried, the sculptures are then removed from their plastic packaging. The bags have now become one with their attachment and suspension system. The concrete retains the imprint of the drying rack and reveals its own weight due to the principle of attraction. Now, we feel a more striking sense of lightness as the bags seem to have turned into cushions.

Sabatier explores the possible limits, functioning with simple and radical oppositions
and by reversing power relationships: between heaviness and lightness, strength and fragility.
The Cans series (2012) establishes a link between these apparent paradoxes: the cans become
the support of a concrete block; a conflict of material that governs the essence of these works.

This dichotomy between the weight of the material and the feeling of lightness is recurrent in these new series. Benjamin Sabatier plays with materials as he plays with the relationship between container and content. With Etai V3 (2012), the shape of the sculpture is obtained by the pressure of a strut on a paint can. The base becomes the receptacle for what was inside the can. We also see with Etai III (2012), Barrel (2010) and Barrel II (2010) a vertical pressure between floor and ceiling which causes the deformation. In the Base series (2012), containers (beer cans, paint pots...) are crushed between a concrete block and the base on which they are placed. Their contents are released to become pictorial material and add a visual nature to the work.

Everything is visible and ready for replication. Benjamin Sabatier’s works function almost like prototypes. Each sculpture seems obvious in its design and construction. We find in Hard Work (DIY) (2012) an instant read for the viewer which recalls "Do It Yourself", a phrase that is dear to the artist. Hundreds of nails on the wall form the title in counter-relief. A deceptively crude gesture at first glance that appears in negative form like an illusion and that reveals a constructed and thoughtful composition. The work is offered as a kit with the kit becoming the "universal key"4 that involves the collector in the creative act. Sabatier’s correlation between mass consumption and artistic sphere was displayed by the gallery in 2003 with his first solo exhibition, Peinture en Kit at the Noirmont Prospect, echoing the International Benjamin's Kit (IBK)5 developed by the artist since 2001.

Tableau No. 4 (Do It Yourself)6 (2011-2012) reflects the creative process behind this exhibition and acts as a summary of the different stages of the project. Drawings, simply tacked onto a plywood board, retrace the artist’s train of thought: sketches of works already completed and others which may never be... In continuity with the creative process already shown in the Chantier exhibition, this genuine "wall of inquiry" displays in a clear and legible way the preparatory drawings of Sabatier’s aesthetic proposals, making the ensemble of these "sketches" a visual composition in itself.


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