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Nowhere

La B.A.N.K.

Exhibition Detail
Parking
42, rue Volta
75003 Paris
France


January 8th, 2011 - February 26th, 2011
 
, Keren BenbenistyKeren Benbenisty
© Courtesy of La B.A.N.K
> QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.bankgalerie.com
NEIGHBORHOOD:  
3rd Arrondissement
EMAIL:  
ecrire@bankgalerie.com
PHONE:  
+33 (0)1 42 72 06 90
TAGS:  
installation
> DESCRIPTION

Lisible depuis la rue, le titre de l'exposition écrit en réserve sur la vitrine recouverte de noir pour l'occasion, interpelle le passant. «Parking»: éclairé par la seule lumière des oeuvres présentées à
l'intérieur, ce mot reflète d'emblée la tonalité clair-obscur de l'exposition, faite de noirs et blancs, d'opposés et de complémentaires.

Plongé dans la pénombre, le rez-de-chaussée s'imprègne de l'atmosphère étrange qu'évoque le titre. Le parking, lieu où se mêlent obscurité et lumière crue, représente pour l'artiste un entredeux
où l'on s'arrête sans pour autant y rester, un espace-temps immobile où les repères sont en suspend. La galerie — lieu de passage pour le public — devient ici, entre jour et nuit, un espace de
dualité, à l'image même des oeuvres qui y sont présentées.

La première installation que l'on rencontre en entrant, One Revolution Per Minute, possède à première vue un titre aussi énigmatique qu'ambigu. Sur une toile blanche tendue sur châssis, un
projecteur diffuse une ombre incurvée noire évoquant la forme d'un gigantesque cil. Frémissant légèrement, les rayons obliques confirment la présence d'un faux cil fixé sur une diapositive à
l'intérieur du projecteur. Accroché à l'arrière de la toile, un récipient est empli d'encre noire. Toutes les minutes, un tube en verre vient y plonger une de ses extrémités; basculé par un mécanisme, il verse ensuite quelques gouttes du liquide recueilli dans un entonnoir de verre, qui les diffuse à son tour vers l'avant de la toile à travers un trou. Un filet noir s'écoule du cil jusqu'au bas de la toile, étanché au sol par une pile de feuilles blanches.

Par un jeu de contrastes — opposant ombre et lumière, vide et plein, liquide et solide, fixité et mouvement —, l'oeuvre offre une image poétique et troublante. Proche d'une esthétique surréaliste, elle crée par l'association de différents éléments l'idée d'un pleur, qui serait alimenté par une «sensibilité» mécanique.

Cette image en noir et blanc, qu'on ne peut s'empêcher de rapprocher des célèbres Larmes photographiées par Man Ray en 1932, évoque en effet pour Keren Benbenisty un certain «mécanisme de l'émotion». Le titre de l'oeuvre, qui désigne le processus permettant l'écoulement du liquide, indique peut-être aussi, à travers la polysémie du mot «revolution», une source possible d'émotion, d'écoulement de sang ou de larmes.

L'indétermination, la polysémie, sont présentes au coeur même de l'identité de l'artiste. Keren Benbenisty est née en 1977 en Israël d'une mère marocaine et d'un père turc. Installée à Paris depuis 1998, elle est sortie diplômée des Beaux-Arts. Ses oeuvres déploient une diversité de
techniques étonnante, et se plaisent souvent à cultiver une ambiguïté formelle et sémantique.

Certaines alors peuvent apparaître comme un écho à son identité plurielle, si ce n'est comme son portrait en négatif. Un peu plus loin dans l'exposition se trouvent ainsi ses Dessins aérosols.
En noir et blanc toujours, ceux-ci font apparaître en réserve des objets personnels qui ont été posés sur le papier, puis recouverts d'une projection d'encre noire. Les petits accessoires, bijoux, dont on ne conserve que l'empreinte, acquièrent une valeur étrange. Faits de creux et de pleins, d'absence et de présence, ces dessins renvoient à l'idée de perte et de mémoire.

Leur densité, en contraste avec la simplicité de la technique et des objets employés, doit sans doute au fait qu'ils créent un effet proche de celui des photogrammes — procédé inventé dans la deuxième moitié du XIX° siècle qui permettait d'obtenir l'image photographique d'un objet en le plaçant sur une surface photosensible exposée à la lumière. Ici, l'empreinte de l'objet est obtenue grâce à l'encre, médium que l'on retrouve sous plusieurs formes dans l'oeuvre de Keren Benbenisty.

Également réalisé à l'encre noire, un diptyque intitulé Day and Night joue avec les notions de dualité et de complémentarité. À gauche se détache le dessin noir sur blanc d'une tête de hibou, animal nocturne associé aux croyances de nombreuses civilisations comme un symbole à la fois positif et néfaste, tandis qu'à droite la copie en négatif de ce dessin, blanc sur noir, regarde en miroir le premier.


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