The Exact Opposite from Distance consists of a set of drawings, made in the Amazon rainforest, through which Irene Kopelman pursues her “Natural History” which, after having been conducted mostly in the confined space of the studio or in the halls of mineralogy museums, is continued today in the most remote places, on the edge of the world; places entirely indifferent to any level of anthropocentrism, such as the Antarctic, where Kopelman made a series of drawings of icebergs and glaciers, and, at present, the equatorial rainforest. In this environment saturated with colours, sedimented layers of materials, heat and moisture, the attention is distracted by the tangled lines, the density of textures, the ever pulsating colours due to the infinitely changing qualities of light. In contrast to the immutability of the rocks and glaciers she has previously worked on to reproduce down to their slightest detail, here it is above all the metamorphosis of the landscape that Kopelman is able to render. His she achieves, as always, through the use of a protocol that originates in her perception of the environment, and which allows her to frame a particular viewpoint. Kopelman, in this way, has turned scenic overlays and interlacings of the landscape into her starting point, framing consecutive views by following a random line in her field of vision until it crosses another, a branch, a vine, a stem, all are followed ad libitum until the space of the page is entirely saturated.
My experience with Irene’s work goes back to roughly ten years, to the time when she had a studio at the Rijksakademie in Amsterdam, which, on the occasion of a visit, we discovered to be hopelessly empty. Here, Irene invited close observation of the walls of the studio, upon which we realized that each run of paint, every involuntary spot, every scratch and crack had been carefully reproduced, duplicated next to its “original”, forming a huge invisible fresco, where all possibility to distinguish between reality and artifice had become lost. In an indeed quite unusual manner, Kopelman here inscribed herself not only in the tradition of the rubbings and decalcomanias of Max Ernst, in their dimension of concrete and “automatic” replication of a given surface, but also invented a process of slowing down the gesture, as well as the gaze, forced as they are to adjust to an image that seems, at first, illegible. His movement of slowing down, engendered through her struggle against the passage of time, aligns her with artists such as Hanne Darboven and her infinite recording of the measurement of time, Agnes Martin and her evanescent drawings of lines and grids, or Vija Celmins’s pencil reproductions of photographic images of the abyssal surfaces of the sea and the starry sky.
This process of slowing down is always at work here: the movement of the artist on these pre-human, pre-historical natural sites, her search for a visual device to capture and reproduce the complexity of the formation which does not present itself as a landscape, but rather as a perennial Maelstrom, has little to do with a desire for naturalistic objectification, but seems, on the contrary, to be a desire to reconnect with a vision that is not subject to the laws of perspective, free from the shackles of reason.
Irene Kopelman’s project does not engender ecological discourse, but takes on, to some extent, a curious prophetic dimension through the mere depiction of these polar or equatorial locations, whose ecosystems are today among the most vulnerable. Irene Kopelman’s voyages, however, take place in the frame of scientific projects, even if, for her, observation and fascination outweigh analysis. The hallucinatory visions of the novels of J.G. Ballard, The Drowned World (1965) and The Crystal World (1966) come to mind; corrupted, rotten or mineralized worlds, for which Ballard had selected as cover illustration, respectively, the mineral landscape of Jour de lenteur by Yves Tanguy, and the moist luxuriance of L’œil du silence, a decalcomania by Max Ernst.
The Exact Opposite from Distance se compose d’un ensemble de dessins réalisés dans la forêt amazonienne, avec lesquels Irene Kopelman poursuit une « Histoire naturelle » qui, après avoir été menée la plupart du temps dans l’espace clos de l’atelier ou des salles de musées de miné- ralogie, se poursuit aujourd’hui dans les lieux les plus reculés, aux confins du monde ; espaces indifférents à l’anthropocentrisme, comme l’Antarctique où Kopelman avait réalisé une série de dessins d’icebergs et de glaciers, et aujourd’hui la forêt équatoriale. Dans cet environnement saturé de couleurs, de couches sédimentées de matières, de chaleur et d’humidité, l’attention est distraite par l’enchevêtrement des lignes, la densité des textures, la palpitation perpétuelle des couleurs due aux qualités infiniment changeantes de la lumière. À l’opposé de l’immuabilité des rocs et glaciers qu’elle a auparavant travaillé à reproduire sous leurs moindres facettes, c’est ici la métamorphie du paysage que Kopelman parvient à restituer. Pour ce faire, comme toujours, elle recourt à un protocole issu de sa perception de l’environnement, permettant de cadrer un point de vue. Kopelman a ainsi fait des superpositions et entrelacs du paysage son point de dé- part, cadrant en suivant dans son champ de vision une ligne au hasard, jusqu’à ce qu’elle en croise une autre, branche, liane, tige, également suivie, ad libitum, jusqu’à saturation de l’espace de la page.
Mon expérience du travail d’Irene remonte à une dizaine d’années, lorsqu’elle occupait un atelier de la Rijksakademie d’Amsterdam, qu’à l’occasion d’une visite l’on découvrait désespérément vide. Irene invitait alors à observer de près les murs de l’atelier, où l’on réalisait que chaque coulée de peinture, chaque tache involontaire, chaque griffure ou anfractuosité était soigneusement reproduite, dupliquée à côté de son « original », constituant une immense fresque invisible, où nature et artifice perdaient toute possibilité d’être distinguées. D’une manière certes toute différente, Kopelman s’incrivait ici non seulement dans la filiation des frottages et décalcomanies de Max Ernst, dans leur dimension de report concret et « automatique » d’une surface donnée, mais inventait également une procédure de ralentissement, du geste mais aussi du regard, contraint à s’ajuster à une image au premier abord illisible. Ce mouvement de ralentissement, produit de sa lutte contre le passage du temps, la rapproche d’artistes telles que Hanne Darboven et sa comptabilité infinie de la mesure du temps, Agnes Martin et ses tracés évanescents de lignes et quadrillages, ou Vija Celmins reproduisant au crayon des images photographiques des surfaces abyssales de la mer ou du ciel étoilé.
Ce procédé de ralentissement est toujours ici à l’œuvre : le déplacement de l’artiste sur les sites de cette nature pré- humaine, pré-historique, sa recherche d’un dispositif de vision pour appréhender et reproduire la complexité de la formation de ce qui ne se donne pas comme paysage, mais plutôt comme maëlström vivace, n’a que peu à voir avec une volonté d’objectivation naturaliste, mais semble au contraire une volonté de renouer avec une vision non soumise aux lois de la perspective, au-delà des entraves de la raison.
Le projet d’Irene Kopelman n’est pas producteur de discours écologique, mais prend dans une certaine mesure une curieuse dimension prophétique, par la seule qualité de description de ces lieux, polaires ou équatoriaux, qui sont aujourd’hui parmi les plus fragilisés dans leur écosystème. Les voyages d’Irene Kopelman prennent place au sein de séjours scientifiques néanmoins, même si chez elle l’observation et la fascination l’emportent sur l’analyse. On pense aux visions hallucinées des romans de JG Ballard, The Drowned World (1965) et The Crystal World (1966), mondes en corruption, putréfiés ou minéralisés, pour lesquels Ballard avait choisi comme illustration de couverture, respectivement, le paysage minéral de Jour de lenteur d’Yves Tanguy, et la luxuriance moite de L’œil du silence, décalcomanie de Max Ernst.