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Brussels

Aliceday

Exhibition Detail
BERNARD SABY
Dageraadstraat 60 rue de l'Aurore
B-1000 Brussels
Belgium


January 26th, 2013 - March 9th, 2013
Opening: 
January 26th, 2013 2:00 PM - 8:00 PM
 
Untitled, Bernard SabyBernard Saby, Untitled,
1956, oil on canvas, 114 x 146 cm
© Courtesy of Aliceday
> QUICK FACTS
WEBSITE:  
http://www.aliceday.be
NEIGHBORHOOD:  
Center - Downtown
EMAIL:  
bernard@aliceday.be
PHONE:  
+32 2 646 31 53
OPEN HOURS:  
TEMPORARY OFFICE. By appointment only
> DESCRIPTION

Un piège à fascination
 
Quand on regarde un tableau de Bernard Saby, passé l'étonnement, on se demande : comment c'est arrivé et d'où ça vient ? La lecture des agendas de Pierre Joffroy, journaliste et écrivain, ami du peintre pointe l'histoire d'un groupe de jeunes gens dans l'après-guerre à Paris : outre Pierre Joffroy et Bernard Saby, il y avait Pierre Boulez le compositeur, Armand Gatti, l'écrivain et Pierre Souvtchinsky, l'éminence grise de la scène musicale et à la lisière du groupe le poète Henri Michaux. Pour survivre, deux sont journalistes, un joue de la musique de scène pour la troupe de  Jean-Louis Barrault, un autre remplit des fiches sur les lichens au Museum d'Histoire naturelle. Une fois, parfois cinq fois par semaine, le groupe se croise et se recroise dans Paris. Pris au hasard du carnet de Pierre Joffroy le 22 Août 1954 : Cherché Saby chez lui (peinture nouvelle). Dîner au restaurant chez Michel (Bernard Saby, Petrus (Boulez), Dante (Gatti). S. Le temps qui fuit – et la jeunesse. Boulez : il y a six ans, je ne savais rien ; je ne suis pas mécontent de ces six ans. S'ajouteront au groupe le poète Kateb Yacine, le peintre vénézuélien Alejandro Otero... Cette dérive parisienne est dominée par la musique. Souvtchinsky est l'arbitre des différends entre Stravinski et Prokofiev. Il voit dans Boulez une rupture qui annonce la nouvelle musique.

Bernard Saby, à la sortie de classes préparatoires en mathématiques à Lyon où il a rencontré Boulez, décide de se lancer dans la composition musicale. Sa familiarité avec les êtres mathématiques l'incline vers la musique sérielle. Il se retrouve dans la classe de René Leibowitz avec Pierre Boulez. A défaut de devenir compositeur, Bernard Saby écrira des textes pour la revue du domaine musical avant d'en faire la couverture avec ses dessins. René Leibowitz est celui par lequel la radicalité de la musique à douze sons s'installe en France. Dans son enseignement comme dans ses œuvres, fidèle au dodécaphonisme de Schönberg et de Webern, il s'attacha exclusivement à l'organisation sérielle des hauteurs. La musique sérielle est une extension du dodécaphonisme. Il s'agit de n'utiliser qu'une seule et unique suite de 12 sons (appelée série).

Avant d'aller plus loin dans la définition de la musique sérielle, je voudrais que vous lisiez la suite en vous mettant dans la tête d'un peintre qui s'aperçoit que faute d'un vocabulaire spécifique, les sérialistes emploient un vocabulaire ambivalent qui définirait aussi le peindre : asymétrie, transformation, expansion, échelle chromatique, renversée, intervalles, formes, horizontal, vertical. Ainsi dans la musique sérielle, « Le compositeur, dit le Larousse,dispose « à volonté », avec en outre le principe de l'identité de l'horizontal et du vertical (présentation soit successive, soit simultanée, c'est-à-dire sous forme d'accord, des notes de la série), celui de l'équivalence entre elles de toutes les notes du même nom quel que soit leur registre, et la possibilité de faire passer d'une voix à l'autre telle ou telle forme de la série choisie et d'en faire entendre simultanément diverses formes, à des vitesses de déroulement et à des rythmes divers, aux différentes voix ».

Pour le peintre musicien, mélomane, les possibilités de conversion d'un langage à l'autre sont infinies et mènent à ce que Saby nommait une peinture des possibles :

_ « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le réalisme, c’est une peinture du possible » déclare Saby dans un entretien avec le poète Alain Jouffroy. « Je veux construire un piège à fascination. Mon espace n’est pas du type topographique. Il n’y a pas de « lieu réel » dans cette peinture, il n’y a qu’une « localité » imaginaire. »
– Et pourtant, dit Alain Jouffroy, il n’y a pas de doute : votre tableau donne le sentiment de « réalité ». C’est un domaine dans lequel le regard peut voyager, s’arrêter, repartir, se perdre. Pourquoi ?
– Parce que les structures de l’espace imaginaire sont objectives. Elles peuvent être ressenties par plusieurs personnes de la même manière. La structure elle-même n’est pas une « abstraction ». Elle a un caractère de réalité. Elle est l’épine dorsale du réel.
– Cherchez-vous à évoquer des objets par le moyen des « structures » ?
– Non. Elles y renvoient analogiquement, mais ce n’est pas ce que je vise. Tout ce qui apparaît à la conscience, c’est le possible. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le réalisme, c’est une peinture du possible.
– En travaillant, vous aidez-vous de l’image mentale d’un objet, d’un paysage, d’un personnage, comme modèle provisoire ?
– Parfois, je vais de la structure à l’objet et de l’objet à la structure. Il y a réversibilité complète. (...) Je me suis donné pour règle d’utiliser certains rythmes, liés à une certaine humeur (que le tableau définit beaucoup plus que moi-même). Je me donne donc un schéma, sur lequel j’improvise au mieux, et sur lequel viennent se greffer d’autres structures qui le corrigent ou le transforment. J’accepte ce qui se présente en cours de travail (les taches, etc...) ; mais pas tout. Ce n’est pas du hasard.
Montreuil 2013. SG


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